La nature comme devenir

La nature comme devenir

Jusqu’au 17 janvier 2021, le MAMAC de Nice accueille l’exposition Savoirs indigènes – Fictions cosmologiques de l’artiste suisse, Ursula Biemann. Pour la première fois en France, sont notamment rassemblées plusieurs oeuvres vidéo de l’artiste avec une sélection focalisée sur les questions environnementales.

Comme simple décor d’une mise en scène de l’humanité, la nature n’a cessé d’irriguer le champ artistique, en particulier la peinture, à moins qu’elle ne fût représentée dans la domestication d’un paysage. Et même le réalisme de Courbet ne se départait alors pas de l’idéalisation romantique des sources et des forêts. Désormais, les artistes contemporains s’impliquent dans les racines mêmes de cette nature-mère à travers un cheminement scientifique et une revendication écologique.

L’artiste suisse, Ursula Biemann, née en 1955, n’a cessé d’explorer les relations qui nous lient à elle, mais, au-delà d’une simple accusation ou d’une perspective catastrophique, elle trace les contours de ces liens à partir d’installations où dominent les vidéos, les documents, les sons où le simple reportage laisse place à une trame subtile dans laquelle passé, présent et futur agissent de conserve. Réel et fiction se nouent alors dans une même aspiration à dire le monde, ce récit où les hommes, l’eau et la terre interagissent dans une histoire aussi intime que conflictuelle. De ses voyages, elle laisse la parole aux indigènes de la forêt équatoriale qui parvinrent à établir une jurisprudence pour retrouver leurs droits ancestraux face à la déforestation, à l’exploitation pétrolière et à l’agriculture intensive. Elle superpose les images des mines de sable bitumeux dans le Nord du Canada avec celles de la construction d’une digue de boue au Bangladesh quand la population doit se battre pour sa survie face au dérèglement climatique : c’est ce parallèle des causes qui s’enchaînent dans un “effet papillon” où les conséquences se propagent de part et d’autre de la planète.

Pourtant, l’avenir n’est pas pour autant condamné, encore faut-il y imposer un engagement et cette fiction qu’il porte en lui. Dans Subatlantic, Ursula Biemann met en écho des images des Îles Shetland, d’une baie du Groenland et d’une petite île des Caraïbes avec la voix-off d’un scientifique imaginaire et voici que le documentaire sur l’anthropocène s’imprègne de science-fiction et se nourrit de la possibilité de nouvelles espèces… Plus que d’aligner les minutes d’un procès, l’artiste s’engage dans un processus de “droit à la nature” à travers lequel se recompose l’ensemble des défis sociétaux. L’oeuvre est ancrée dans l’actualité, mais a le mérite de permettre à l’imaginaire de s’ouvrir vers d’autres possibles.$

 

Jusqu’au 17 jan, MAMAC, Nice. Rens: mamac-nice.org
(photos : 1- Acoustic Ocean, 2018. Installation vidéo, son. Durée: 18 minutes / 2- Forest Law, 2014, Installation vidéo avec double projection, son. Durée: 38 minutes © Ursula Biemann)