[INTERDIT] C’est mieux que des oursins…

[INTERDIT] C’est mieux que des oursins…

Malgré ” l’interdiction ” faite aux lieux culturels de rouvrir leurs portes le 15 décembre, et pour marquer notre mécontentement, nous avons décidé de publier les articles concernant les événements qui n’auront pas lieu, en apposant cette mention [INTERDIT] dans le titre. Nous n’avons plus envie de simplement nous adapter et de taire les efforts engagés par des centaines d’artistes, de programmateurs, de producteurs, de salariés du secteur culturel pour cette reprise. Leur travail est fait, le nôtre aussi… Pour rien !

C’est comme un départ de Grand Prix à Monaco, avec un ciel incertain. Pleuvra, pleuvra pas ? Pneus slicks, rainurés ? Soit le cornélien dilemme du directeur d’écurie devant l’Éternel… Eh bien dans le spectacle, cette année, c’est pareil. Jouera, jouera pas ? Laissant ici mauvaises ondes et chagrin, nous entamons ce mois de décembre avec optimiste et entrain, en laissant Muriel Mayette-Holtz, directrice du Théâtre National de Nice, nous embarquer dans une course folle autour de la queue du chat…

Monsieur Pacarel jouit d’une situation bien établie. Ayant déjà fait sa fortune dans le sucre, il souhaite à présent franchir le pas qui sépare le bourgeois banal de l’être sublime : mettre un pied dans la porte des arts. Sa fille veut monter un opéra sur Faust ? Banco, Pacarel signe Chat en poche. Et lorsqu’il confond le timide fils de son ami Dufausset avec un ténor arrivant de Bordeaux pour la pièce, il n’en finira pas de se prendre les pieds dans le tapis des quiproquos en cascade, pour notre plus grande hilarité.

Chat en poche est l’un de ces classiques de Georges Feydeau qui nous laissent étourdis. Comment ce diable fait-il pour que les situations fassent mouche, pour que du chaos naisse l’ordre, ou l’inverse? On peut gloser sur l’efficacité de l’écriture du roi du boulevard, sur sa rythmique endiablée, sa satire féroce de la bonne société, on n’aura toujours rien dit de la maestria de ses œuvres… Qui font la part belle au plaisir du comédien, il faut le dire aussi ! C’est la troupe du TNN, qui connaît bien Feydeau, (Frédéric de Golfiem, ou encore Pierre Blain, Sophie de Montgolfier…) qui monte en scène d’un pas décidé. Sous la houlette de l’énergique directrice, Muriel Mayette-Holtz, dont on a découvert le sel et le piquant pour la première fois à Nice au mois d’octobre (en comédienne) dans Les parents terribles. Au-delà du clivage entre théâtre “facile” et théâtre “intello”, il y a l’art consommé de la comédie. Aussi complexe à élaborer que délicieuse à dévorer… qu’un bonbon de chocolat. Alors dévorez petits gourmands, Chat en poche, c’est de saison !

Et restez “connectés”, car même si nous ne connaissons pas encore les horaires exacts des représentations, la programmation de janvier du TNN a de quoi donner le tournis, même au plus habile des félins : Fable pour un adieu par Emma Dante, La Maison de Bernarda Alba de Federico García Lorca, Trois Femmes [L’Échappée] de Catherine Anne, Une femme se déplace de David Lescot, et j’en passe…

22 au 31 déc, Théâtre National de Nice. Rens: tnn.fr

(photo : © Léa Saboun)