Gérard Demory – Mortelle Emprise

Gérard Demory – Mortelle Emprise

Qui a connu la victime lira l’ouvrage sans reprendre son souffle. Qui ne l’a pas connue sera passionné par l’enquête menée, décrite jour après jour, avec minutie, par le procureur-auteur, horrifié par les erreurs commises dès le début… Erreurs qui fausseront tout. Et vaudront la mort à Isabelle Freund, pseudonyme de la victime choisi par l’auteur « pour ne pas heurter la famille, encore bouleversée aujourd’hui par la mort tragique de cette jeune et belle femme« .

« #MeToo n’existait pas encore. C’était en 2003. Et je crois que l’on recevait les plaintes des femmes harcelées, battues, menacées, peut-être un peu à la légère. Il se trouve que dans cette « affaire » les erreurs commises dès le départ au commissariat de sa commune, par certains policiers de permanence, lui ont été fatales…« , nous confie l’ancien procureur Gérard Demory, aujourd’hui écrivain.Pourquoi avoir choisi ce sujet-là pour un premier bouquin ?

« C’est une affaire qui m’a tellement marqué… Je me devais de l’écrire ! Le suicide était évident. Et pourtant… » Pour les besoins du roman, il crée deux enquêteurs, les capitaines Brou et Sadelli, deux compères qui se partagent la tâche et œuvrent presque sans relâche…

On a découvert la victime pendue dans sa belle et riche maison du bord de mer, dans le Var… Tout pouvait laisser à penser qu’elle était heureuse car riche propriétaire d’une demeure enviée. Qui pouvait penser que, mariée à un homme étrange et étranger, qu’elle avait connu à Heidelberg en Allemagne lors de ses études, son ménage n’était pas une réussite. Cet homme désargenté, dont la famille varoise ne voulait pas pour gendre, avait séduit celle qu’il tenait sous son emprise. Au fil des ans, trois enfants naquirent. Une fille et des jumeaux. 

Un divorce en cours, un homme qui le lendemain perdait tout et risquait de se retrouver à la rue. Lui, l’instable, qui enseignait mais était viré de tous les établissements, car asocial autant avec les autres profs qu’avec ses élèves … Il ne possédait rien, n’avait rien, hors ce qui appartenait à Isabelle… La tentation n’était-elle pas grande de monter un scénario et de la supprimer ? Quitte à la droguer, qui sait, peut-être avant de commettre l’irréparable ?

Se suicide-t-on lorsqu’on aime ses enfants, que l’on a un père et un frère proches, bienveillants, que l’on se fait une joie de partir très prochainement en voyage à l‘étranger avec son amie d’enfance ? Se supprime-t-on lorsqu’on a depuis peu rencontré à nouveau l’amour, dans la librairie de sa petite ville ? Un homme élégant, cultivé, tendre et affectueux, partageant son goût pour la littérature ?

Mortelle emprise est un roman à lire sous la plume d’un homme qui a suivi professionnellement l’affaire dramatique jusqu’aux Assises, a connu le mari, les enfants, les amis, les fausses amies, a décortiqué toutes les plaintes, vu tous les policiers enquêteurs et qui, s’il livre une version romancée, surtout la conclusion, n’en décrit pas moins une atroce réalité. La mort suspecte d’une jeune femme belle et enthousiaste qui ne demandait qu’à vivre.

Publié aux Presses du Midi en avril 2023, l’auteur a depuis sorti un second ouvrage en octobre 2023 : Cité Berthe 1997. Polar. Les traqués du trafic. On y retrouve le duo de flics Brou et Sadelli…