J’veux pas rentrer !

J’veux pas rentrer !

La Strada va partir en vacances quelques jours. Que vous partiez ou que vous soyez de retour, bon courage.… Car depuis quelques temps il est de bon ton d’arborer, pour une meilleure image, le logo No kid dans certains lieux d’accueil : restaurants, hôtels, locations de vacances… On voit l’évolution de notre société qui se déshumanise, comme on en témoigne notamment le racisme anti-femme des masculinistes qui vont jusqu’à tuer. S’il n’est pas aussi choquant, cet ostracisme envers les enfants est tout de même sidérant.

Mais ce n’est pas tout… Comme toujours les « bonnes » nouvelles s’annoncent pendant l’été. Les coupes budgétaires dans la culture sont un autre « signe » : le durcissement des aides aux créateurs pourrait bien détruire le « service public » de la Culture, qui a toujours donné une image positive de la France. Il semble qu’en ce moment, au nom de l’austérité, on ait décidé de durcir le ton, ce qui, au passage, permet à certains radicaux de droite de censurer des gens un peu trop à gauche. Mais quand on entend des termes comme « ensauvagement », on se demande si ceux qui l’emploient ont réfléchi. Ce n’est pas en mettant “un policier derrière chaque citoyen“ que cela s’arrangera : n’y aurait-il pas un problème culturel ? 

L’information formatée par des chaines privées tenues par des oligarques aux idées troubles, l’éducation nationale et ses profs non formés, la Culture qui s’effondre, produisent des citoyens manipulables sans esprit critique, sans connaissance de l’Histoire, prêts à tout accepter. Et les réseaux sociaux qui génèrent une bêtise et une violence terrifiantes sont en train de transformer neurologiquement nos jeunes. Ils finissent par détruire des aptitudes humaines chez des êtres qui pourraient apprendre et savoir par eux-mêmes, en les rendant dépendants à la machine. Car si l’on reprend le raisonnement oppressif, « un policier derrière chaque citoyen« , cela poserait déjà le problème de l’éducation dudit policier qui, lui aussi serait atteint du même mal. Pas de prévention et uniquement de la répression, voilà ce qui nous menace avec ces coupes claires dans le budget de la Culture. Il n’y a pas à marchandiser la Culture, le succès n’est pas garant de qualité : il n’y a qu’à voir les scores de Hanouna, de CNews, ou de certains influenceurs pour comprendre que l’abrutissement des masses remporte toujours un succès fou. Sauf que le résultat est une montée d’intolérance, de violence et d’égoïsme jamais vue dans l’Histoire de l’humanité.

On nous dit que ces coupes sont faites pour lutter contre la « dette » et pour l’économie de guerre. Pour cette dernière, on peut comprendre que l’on se méfie aussi bien des Russes que des Américains et que nous devons assurer notre propre défense. Mais pourquoi ne penser qu’à acheter des armes sans penser à construire des abris ? Que serait une victoire avec, au retour des troupes, un charnier ? D’autre part, on parlait des « avoirs » russes qui s’élèvent à plus de 250 milliards, pourquoi ne pas s’en servir pour se défendre ? Surtout avec un allié comme Trump qui a le culot de dire qu’il « aide » l’Ukraine en vendant son stock d’armes. Et qui n’a même pas le courage de le faire directement, mais passe par l’OTAN afin d’éviter les problèmes avec son ami Poutine. Le comportement de ce personnage est vraiment méprisable : dur avec les faibles et rampant devant la force. Il est temps de commencer à émerger et d’arrêter d’accepter la colonisation numérique de l’Europe par les USA, qui ne sont pas plus innocents que les Chinois ou les Russes qui ont déjà amorcé une forme de cyberguerre, autre sorte de colonisation numérique… Et l’on en revient, ici encore, aux fameux écrans qui abiment notre jeunesse, notre culture, notre éducation et notre information. 

Cette austérité que l’on veut faire peser sur ceux qui travaillent est la marque d’une orientation douteuse : mes politiques de tous bords évitent soigneusement presque tous de débattre sur l’optimisation. Personne ne veut parler de ceux qui paient leurs impôts à prix réduit dans des paradis fiscaux, mais se servent de nos services publics et nous laissent les financer. Un principe simple devrait s’appliquer : « vous gagnez ici grâce aux services publics, alors payez ici pour les financer ». Certes, on peut nous répondre que c’est une utopie, que l’on courrait le risque de voir les capitaux partir à l’étranger. Mais ils sont déjà partis ! Ceux qui optimisent nous pillent. Rien à voir avec les idées de taxation des riches ou des pauvres. Il est seulement question que tout le monde, sauf les plus démunis, paye l’impôt là où il gagne de l’argent. Bizarrement, les politiques semblent préférer supprimer le remboursement de certains médicaments pour des gens qui pourraient en mourir, taxer les retraités, et geler ou baisser les allocations des plus pauvres. Et pour ces dernières ils ont l’audace d’appeler cela de l’assistanat, alors que l’on donne des milliards aux entreprises ! Un pays ne peut pas préserver sa cohésion en ne considérant que les entreprises et pas ses citoyens. Cette notion d’organisation sociale ne reposant que sur la liberté du commerce finit par installer une société où l’argent devient un sauf-conduit et la seule source de pouvoir, au détriment de l’Égalité devant la loi, et de la Fraternité qui devrait rester le cadre de nos libertés. La liberté à tout prix devient du libertarisme et l’on voit ce que cela donne aux USA, en Argentine, en Hongrie… 

Il y a pourtant d’autres solutions. Comme le suggère Sun Tzu dans son Art de la Guerre : mieux vaut l’éviter pour la gagner. Aussi on ne gagne pas nécessairement la guerre par la force, mais grâce à l’imagination, à la créativité. Il en va de même pour la crise. Certaines personnes pensent autrement, créent des schémas de possibles. Tel Cédric Herrou (page 24) qui a su recueillir des migrants et faire reculer l’État pour lui faire admettre, au tribunal, que la solidarité n’est pas un délit. D’ailleurs, si elle le devenait, que deviendrait la Fraternité du portique républicain. Cédric Herrou a créé la première communauté agricole des compagnons d’Emmaüs en France. Histoire de dire que les migrants qui arrivent en France se nourrissent eux-mêmes et ne coûtent rien. C’était déjà pas mal, mais voilà qu’avec les compagnons d’Emmaüs, il ouvre un restaurant à Breil-sur-Roya, où l’on mange excellemment bien, bio et local dans un site charmant. On voit bien ici que l’on peut « sortir par le haut » d’une crise migratoire avec d’autres moyens que l’oppression. Il y a aussi l’émergence de petits festivals où le succès vient de l’authenticité et du désir de partager : le festival Improbable à La Gaude (page 4), le Festival du Peu au Broc (page 14), le Festival de Néoules, Les Nuits Blanches du Thoronet… Tout est question de solidarité, de désir, de partage.

Puis il y aura le Procès de la rentrée de Stéphane Benhamou (page 16), auteur du fameux roman La rentrée n’aura pas lieu. Une pièce de théâtre destinée à démontrer ce que génère l’organisation actuelle du travail, dans laquelle chacun d’entre nous subit ce nouveau mode de management. Une société où tout le monde est remplaçable et n’a aucune valeur personnelle, dans une accélération du temps, où le but est de gagner avec le fameux « quoi qu’il en coûte » qui détruit toute réflexion et toute humanité. Il faudrait que la masse se rende compte que c’est elle qui fait tourner cette « machine à broyer » et qu’il suffirait d’arrêter de travailler et de consommer, ne serait-ce que quelques jours, pour que les oligarques comprennent qu’ils ne sont rien sans nous. Sans haine et sans violence, ne plus obéir à ces axiomes algorithmiques qui ignorent la condition humaine. Alors on peut rêver, on peut espérer que le message passe, car on peut encore faire quelque chose pour stopper l’effondrement climatique ou le retour primitif à la guerre. Alors, finirez-vous par ne pas rentrer un jour ? Continuerez-vous à faire tourner cette machine sociétale, où seul le fort gagne et où l’humain n’est accepté qu’à « conditions » ? Pensez-y en espérant que, pendant vos vacances, vous puissiez compter les étoiles filantes plutôt que les missiles dans le ciel de votre été.