25 Mar Mordre la poussière, se relever
Adapter un récit aussi intime que La prochaine fois que tu mordras la poussière relevait presque du défi impossible. Pourtant, sous la direction de Paul Pascot, le roman autobiographique de Panayotis Pascot trouve sur scène une incarnation sensible où l’intime devient matière théâtrale.
Souvenez-vous, la rentrée littéraire de septembre 2023 avait été marquée par la sortie du premier livre de Panayotis Pascot, La prochaine fois que tu mordras la poussière. Un roman à teneur hautement autobiographique qui s’est rapidement hissé en haut des ventes durant de nombreuses semaines. Mais comment porter à la scène un texte où s’exprime l’intime le plus féroce ? La réponse est d’une évidence organique, presque une nécessité biologique. Qui d’autre que son frère aîné pour traduire les silences, les non-dits et les séismes d’une enfance partagée ?
En confiant ses mots à Paul Pascot, Panayotis ne livre pas seulement un texte, mais une part de leur ADN commun. L’œuvre a au départ quitté le papier pour s’incarner dans le corps de Vassili Schneider, Molière de la Révélation masculine en 2025 pour ce rôle ; à Sainte-Maxime, Fréjus et Antibes, Roméo Mariani prendra le relais sur scène. L’idée n’étant pas de chercher à imiter Panayotis, mais de donner du corps, de la sueur et du souffle à des souffrances qui jusqu’ici se cantonnaient à des phrases inscrites sur du papier blanc. Là où le roman décortiquait la dépression par l’accumulation des mots, le comédien traduit la pathologie par une économie de mouvement à en serrer le cœur. Avec ses mains qui cherchent un appui, des yeux qui fuient le public, il parvient à rendre tangible l’épuisement mental.
Pour celles et ceux qui ont lu l’ouvrage, ne cherchez pas un copier-coller de l’histoire du jeune humoriste. Si Panayotis Pascot parle avant tout, dans son roman, du passage complexe à l’âge adulte, de la découverte et de l’acceptation de son homosexualité, ainsi que de sa dépression, l’adaptation théâtrale traite avant tout la relation qu’il a avec son père malade, interprété par Yann Pradal, centre de gravité autour duquel Roméo Mariani gravite. Le fait que Paul Pascot mette lui-même en scène la pièce appuie cette thématique. Le spectacle devient alors une exploration collective de l’héritage familial : comment se construit-on face au silence paternel ? Paul et Roméo transforment la poussière en or, nous rappelant que si l’on mord la poussière, c’est aussi pour mieux sentir le goût de la terre et, enfin, pouvoir se relever.
4 avr, Carré Sainte-Maxime. Rens: carre-sainte-maxime.fr
7 avr, Le Forum Estérel Côte d’Azur, Fréjus. Rens: theatreleforum.fr
19 & 20 mai, Théâtre Anthéa, Antibes. Rens: anthea-antibes.fr
photo : La prochaine fois que tu mordras la poussière © Christophe Raynaud