26 Fév Femmes multiples
Du coup de pied de la danseuse au talon aiguille il n’y a qu’un pas qu’Eugénie Andrin franchit avec aisance. Preuve en est dans sa nouvelle création On n’est pas toutes des Cendrillons, présentée fin mars au Théâtre Francis Gag à Nice.
Sa connaissance précise de la danse permet à la chorégraphe Eugénie Andrin de développer un travail d’une grande diversité grâce auquel elle peut naviguer tout aussi habilement de la création de chorégraphies pour les opéras, à la réalisation de pièces audacieuses dans leur thématique comme dans leur approche artistique.
Pour sa nouvelle pièce, elle interroge la féminité, ses contraintes face aux critères de beauté imposés par la société, mais aussi les moyens de s’en libérer, à travers l’image de Cendrillon. Car l’héroïne de Charles Perrault conjugue les deux versants de la femme. Chaussons aux pieds, on ne la perçoit que comme une simple servante ; pourtant elle est capable de se métamorphoser en princesse qui fait tourner les têtes dès lors qu’elle chausse des pantoufles de vair. Force est de constater que, bien que ce conte ait été publié en 1697, certains regards demeurent immuables. Et aujourd’hui, les petites fées se nomment chirurgie esthétique ou Photoshop pour assurer une image de parfaite beauté, souvent éphémère.
Par sa gestuelle, la chorégraphe joue de cette précarité, imaginant des postures atypiques pour ces belles prêtes à tout dans leur quête de pouvoir de séduction. Les jeux de lumières imaginés par Laurent Castaingt enveloppent la pièce de mystère tandis que le mouvement est porté par une partition signée de Nicholas Britell. Pour juger de l’effet qu’elles produisent dans l’œil de l’autre, les danseuses se placent face au public comme s’il s’agissait d’un miroir. Au travers de ce double regard, une prise de conscience s’opère : elles vont peu à peu laisser abandonner les artifices pour assumer celles qu’elles ont véritablement envie d’être.
On n’est pas toutes des cendrillons conforte le choix des femmes à continuer à enfiler leurs paires de baskets sans culpabilité. Pourtant dans l’entièreté de leur Être, elles aiment aussi surprendre devenant aussi bien les êtres fragiles et éthérés des contes de fées que les séductrices perchées sur des talons rouges.
28 mars, Théâtre Francis Gag, Nice. Rens: theatre-francis-gag.org
photo : On n’est pas toutes des cendrillons © Hugo Gueniffey