26 Juin Cocteau, la terre et les dieux
Au Musée Jean Cocteau – Le Bastion, l’exposition Le Château des Merveilles présente, du 5 juillet au 17 novembre, une collection privée inédite d’une cinquantaine de céramiques de Cocteau : assiettes, plats et vases.
C’est lors d’un compagnonnage durable avec Pablo Picasso que Jean Cocteau se prend de passion pour la fusion de la terre et du feu : « Picasso m’avait dit que si je mettais une céramique au four, j’étais perdu. Mais j’ai toujours eu le goût de me perdre avec délices… » Les essais deviennent alors projets, les dessins s’étendent sur des surfaces, parfois sur des volumes… Guillaume Theulière, directeur des musées de Menton, éclaire la démarche du poète-artisan: « Cocteau aborde la céramique avec une perspective particulière, se considérant d’abord comme un « apprenti », puis comme un « artisan ». Il choisit de valoriser la terre nue, sans engobe. »
Le riche corpus présenté à Menton fait émerger des œuvres emblématiques, telles que La chèvre-cou, aux accents étrusques, ou l’assiette Les Trois yeux, clin d’œil aux Ophthalmoï des trières grecques antiques. Cocteau étire la terre comme il étire les mythes, stylise et « tatoue » ses formes : « J’aime cette couleur de la terre pareille à celle des corps hâlés par le soleil et je la recouvre le moins possible. Je tâche de donner à mes dessins le charme d’un tatouage sur une peau. » Cette poésie plastique engendre un bestiaire méditerranéen, où dieux et héros s’épanouissent dans une faune, et une flore évanescentes, tel un rêve d’Arcadie. La céramique lui permet d’explorer son style graphique linéaire en lui donnant une nouvelle amplitude tridimensionnelle. L’assiette devient visage, tondo, ou toile d’une mythologie personnelle. L’hybridation règne dans ce panthéisme moderne où l’expérimental épouse l’archaïque, sur « des galettes de terre incombustibles destinées à être consommées par les yeux« .
Le parcours de l’exposition, placée sous le commissariat de Dominique Marny et Anne-Gaële Duriez, et scénographiée par Frédéric Beauclair, invite à une exploration sensible en cinq séquences : Une nouvelle alchimie, Mes yeux sont des fenêtres par où je ne peux sortir, Grèce, petite Grèce, Je regarde la mer qui toujours nous étonne, L’absurde entêtement des végétaux.
Dans les six dernières années de sa vie, Cocteau créera plus de 300 cents modèles : « La poterie m’a sauvé la vie ! Elle m’évite d’utiliser l’encre, trop dangereuse, car tout ce que l’on écrit est systématiquement déformé par ceux qui le lisent« , écrira-t-il en 1958.
5 juil au 17 nov, Musée Cocteau – Le Bastion, Menton. Rens: museecocteaumenton.fr
photo: Jean Cocteau, La Côte d’Azur, céramique – collection privée © Adagp, Paris, 2025 © Sandrine Gluck, photographe