J’avais ma petite robe à fleurs…

J’avais ma petite robe à fleurs…

Sur scène, un canapé, une table de cuisine, un frigo, des vêtements, une caméra et une comédienne. La comédienne, c’est Alice de Lencquesaing, qui interprète Blanche Baillard. Blanche a été violée il y a trois ans. Ce jour-là, elle portait une petite robe à fleurs…

Enquête de police, tribunal, psychologue, médecins… Aujourd’hui, les coupables sont en prison, sa famille l’a soutenue. Un parcours ordinairement dramatique pour un crime devenu un véritable phénomène de société. À 26 ans, Blanche est seule, « pas de petit ami, même pas de grand d’ailleurs« , sans enfants, sans emploi, sans perspectives… Éloignée d’un monde qui désormais lui fait peur. Lorsqu’une société de production télé lui propose de passer un casting : elle a trois jours pour raconter son histoire, seule chez elle, face une caméra. « Les spectateurs veulent des détails, ça peut m’aider« , dit-elle. Car si elle est « convaincante » et « pertinente », elle témoignera en direct, exposera à la télévision le pire moment de sa vie… « Ma chance, c’est d’avoir des millions de gens qui vont m’écouter (…) Je vais revivre, la télévision va me sauver« , explique-t-elle devant la caméra tenue par un comédien dans l’ombre – presque un confident –, dont les plans serrés sur le visage de la comédienne sont projetés sur un grand écran en fond de scène. Mais y croit-elle vraiment ?

« J’ai écrit cette pièce il y a quelques années déjà« , explique la dramaturge Valérie Lévy. « Je me souviens avoir été en colère après un reportage, très intrusif, sur une jeune femme anorexique. Je lui en voulais presque d’avoir laissé la caméra entrer chez elle pour livrer en pâture toute son intimité. Et puis le lendemain j’ai pensé qu’elle s’était laissée filmer peut-être pour aller mieux. » Plus qu’une pièce sur un viol, J’avais ma petite robe à fleurs est une pièce sur un double viol, le second étant celui de son intimité par une caméra, un système médiatique (télé, réseaux sociaux…) déréglé, qui recherche le sensationnalisme – une thématique qui fait tristement écho à l’histoire de Gisèle Pelicot qui a relancé la polémique sur la publicité des débats judiciaires. Alors faut-il se taire ou parler ? « La pièce aborde la question de la place et du poids de la parole. Quelle valeur a-t-elle ? Peut-on la livrer n’importe où, n’importe comment, à n’importe qui ? Parler suffit-il pour guérir ? Ce que nous dit la pièce, c’est qu’il ne suffit pas de tout dire pour que tout soit résolu« , estime la metteuse en scène Nadia Jandeau.

Le 25 novembre, dans le cadre de la Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, et sous l’égide de Guillaume Decard, Président du conseil d’administration du Forum Estérel Côte d’Azur, se tiendra, en journée, un colloque professionnel sur La prise en charge sociale et judiciaire de la victime de violences intrafamiliales, en partenariat avec le Barreau de Draguignan, tandis qu’à l’issue du spectacle, en soirée, le grand public sera convié à un temps d’échange animé par l’avocate Isabelle Colombani et la Procureur de la République adjointe Laurence Barriquand, en présence de l’autrice et de la metteuse en scène.

25 nov, Le Forum Estérel Côte d’Azur, Fréjus. Rens: theatreleforum.fr

photo : J’avais ma petite robe à fleurs © Giovanni Cittadini Cesi

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