Arrêtez le saccage !

Arrêtez le saccage !

Les changements climatiques influeraient-ils sur le climat politique ? On peut se le demander quand on voit comment notre quotidien évolue. C’est chaud, vraiment très chaud ! 

Le « magnat » français d’extrême droite qui possède une radio, plusieurs chaînes de TV – dont CNews, célèbre pour ses bourdes, où beaucoup trop de racistes s’expriment –, possède à présent, deux chaînes de distribution : l’une qui distribue des produits culturels, Cultura, avec en particulier un rayon librairie très important, et l’autre, Relay, tabacs/kiosques dans les gares et les aéroports qui distribuent aussi des livres. Ceci lui permet d’inonder le marché d’auteurs d’extrême droite ou de droite radicale. Plus grave encore, il détient 51% de l’édition française. Et il a commencé la « mise au pas » des grandes maisons d’édition : il y a quelques mois ce fut Fayard, maintenant c’est au tour de Grasset, dont il vient de virer Olivier Nora, qui dirigeait cette entreprise de manière indépendante, assurant la pluralité des points de vue et des auteurs de manière remarquable depuis 25 ans. 

Aussi, plus d’une centaine d’auteurs ont-ils déjà quitté cette maison et ont lancé une tribune pour expliquer leur geste. Ils commencent à imaginer comment résister à cette chape de plomb que cet oligarque abat sur un des fleurons de la culture française. Les réactions viennent de presque tous les bords politiques, mis à part les « poulains » d’extrême droite ou de droite dite radicale du « magnat ». Certains essaient de trouver comment instaurer des clauses de conscience pour les auteurs, à l’instar de celles dont peuvent se prévaloir les journalistes lors d’un changement de direction. Car non content de placer ses « pions » partout, voilà que ce « magnat » fait mettre en avant tous les auteurs et hommes politiques d’extrême droite ou de droite radicale, au mépris des lauréats de prix littéraires, sans aucun souci de pluralisme. 

Qui plus est, notre gouvernement surfe sur cette vague autoritaire, puisque vient d’être votée une loi qui interdit purement et simplement les free parties. Là aussi les DJs les plus connus et nombre de producteurs, Laurent Garnier en tête, sont en train de faire signer des pétitions, en espérant que ce projet de loi ne soit pas validé par le Sénat.

L’attaque lancée sur la Culture devient insupportable, car après le souhait de l’ancienne ministre de la Culture de fermer des écoles d’art, après les coupes nettes et « orientées » dans les budgets culturels de certaines collectivités territoriales, après le laxisme de l’ARCOM et des autorités par rapport à CNews, cette chaîne TV devenue une source de fake news et un robinet à insultes, il y a également la mise en faillite de la quasi-totalité des universités françaises. Sans compter les pressions exercées sur certains thésards par des grandes firmes et des puissances étrangères qui ne financent que les projets qui ne les dérangent pas et les servent, profitant ainsi du manque d’argent des universités pour imposer leur volonté. Maintenant c’est l’Édition et la Culture Populaire en direction des jeunes qui sont ciblées. La France a rayonné à travers le monde plus par sa Culture que par ses armées, plus par ses penseurs que par ses commerciaux. Et voilà qu’une bande d’incultes massacre le fleuron de notre Pays, l’ADN de notre République : la Culture. 

C’est un véritable cauchemar de constater ce délitement, cette négation des sciences humaines, de la littérature, des arts et de la culture populaire. On se souvient alors que notre Président pensait, pendant le confinement, que la Culture n’était pas essentielle. Confondant, à l’époque, le danger des regroupements dans des salles de spectacles ou des lieux de culture, avec ce qu’est en réalité la Culture. En français, le synonyme de Culture est « lien social ». Et s’il n’est pas essentiel, il n’y a plus de République. Car la République est une culture qui nous lie pour faire nation. Et cela entre en totale contradiction des théories nationalistes qui parlent « d’identité nationale ». Alors qu’en République, l’identité ne peut être que personnelle. Ce n’est pas l’appartenance à un groupe qui nous fait français, mais le partage d’une culture : la République et plus brièvement la citoyenneté.

Dans la noirceur ambiante, une lueur tout de même : Viktor Orban a été vaincu. Ce leader hongrois possédait un cercle familial et quelques amis – 13 au total –, qui géraient 25% du PIB hongrois. Il avait mis à bas la liberté de la Presse, il était terrifiant quant à ses prises de position sur la communauté LGBTQIA+, il était anti-européen ce qui ne l’empêchait pas d’empocher la manne des subventions européennes. Ses alliés français d’extrême droite commencent d’ailleurs à être très embarrassés par ces liens d’amitié.

Cette régression généralisée, cette destruction de l’ADN de notre pays, nécessite un réveil. Il n’est plus question de jouer à la guéguerre entre gauche et droite. Il est juste question de défendre les valeurs républicaines, notre Culture. L’indignation, les manifestations, les pétitions ne suffisent plus : il faut rebâtir des pans entiers de notre société, que ces crétins démolissent sauvagement. Il n’y aura que la créativité, la solidarité et la connaissance qui pourront nous sauver. Car ces « mises au pas » ressemblent fort à des méthodes qui furent appliquées lors des heures les plus sombres de l’Europe. Et ce n’est pas le clown orange morbide qui préside l’Amérique ou le sanglier parano qui dirige la Russie qui pourront aider à quelque chose, étant donné que les deux financent les crétins qui détruisent notre culture. 

C’est pour toutes ces raisons que nous poursuivons notre série de portraits dédiés aux « résistants culturels ». Dans ce numéro vous trouverez Benoit Arnulf (p.16), fondateur avec l’association Les Ouvreurs du festival de cinéma queer In&Out. Il lance un centre de mémoire LGBTQIA+, cette communauté qui a participé activement au développement et au rayonnement de notre région. Olivier Riouffe (p.11) qui ne lâche rien et continue son festival d’Arts de La Rue : Déantibulations, l’un des derniers du genre dans notre région. La réappropriation de l’espace public par la population grâce à la culture qu’il continue de préserver est un exemple de ténacité et de créativité. Antibes avec ce festival, mais aussi avec Coul’heures d’Automne, donne le la en ce domaine. Le journal Mouais et son équipe niçoise (p.24), qui ont lancé un titre national pour lutter contre cette vague autoritaire et inculte. Si les Hongrois ont – enfin – dit non, nous le pouvons aussi, par dignité et par respect à nos aïeux qui ont donné leur vie pour que nous puissions vivre en liberté. Et pour finir, un entretien avec un poète, également plasticien, peintre et musicien : CharlÉlie Couture (p.4), qui est resté intègre, refusant les étiquettes que le marketing voulait lui imposer. Il a toujours pensé que la poésie est une résistance face à cette censure algorithmique et à l’illibéralisme. Il a d’ailleurs choisi de participer au Festival Improbable à La Gaude, symbole de cette culture populaire, solidaire et bienveillante, qui fête cette année ses 10 ans et démontre ainsi qu’il y a de l’espoir pour nos libertés lorsque tout le monde s’y met. Nous continuerons à célébrer tous ces militants qui, contre vents et marées, font briller la Culture qui est un des fondements de notre Pays. Vive la Culture ! Vive la Liberté quand elle est mâtinée d’égalité et de fraternité.