Franta : l’humanité à vif

Franta : l’humanité à vif

Il y a ces rocs que le temps ne saurait effriter, au-delà des rides qui les sculptent. Franta, mis à l’honneur par le Musée de Vence, s’apparente à ceux-ci. Dressé face à tous les vents contraires, il ne cesse d’ériger corps et matières comme un miroir de lui-même pour, à travers sa peinture, ses dessins ou sculptures, faire rempart à l’oppression d’où qu’elle vienne ainsi qu’aux torrents d’horreurs qu’elle charrie.

Né en 1930 en Tchécoslovaquie, Franta fuit le communisme et s’installe à Vence en 1958, où il travaille encore aujourd’hui. Très vite, dans le sillage de du mouvement expressionniste et d’une génération marquée par le souvenir de la guerre et du nazisme, son œuvre bénéficie d’une reconnaissance internationale. Elle est exposée dans les musées les plus prestigieux. 

L’exposition La condition humaine, proposée par le Musée de Vence, se développe selon un parcours qui répond à l’extrême tension d’une œuvre surgissant au cœur des tempêtes de l’histoire, mais qui, par sa variété, son intensité et les récits qui la constituent, nous entraîne dans une passionnante aventure humaine et artistique. En contrepoint de l’exposition temporaire, une trentaine d’œuvres offertes par l’artiste sont désormais présentées de façon pérenne dans un espace dédié.

La peinture s’offre ici comme un corps à corps. Le pinceau est cette griffe qui arrache les entrailles de la matière pour nous éblouir de sang ou de lumière. Un rythme sauvage s’empare de l’espace, comme s’il s’écoulait des sources mêmes du temps. Pulsion originelle, joie, cruauté : la condition humaine s’écrit alors dans les entrelacs de l’horreur et du bonheur, de la souffrance et de l’espérance. Franta capte ce souffle qui jaillit de nos vies pour le traduire en silhouettes fragiles ou en remparts de carcasses qui s’affrontent aux chaos du monde. Le geste se fait tour à tour rageur ou se fond dans la promesse d’une douceur, par une main secourable qui apaise la toile d’une caresse de couleurs tendres et de traits délicats. L’artiste, au-delà des catastrophes humaines, témoigne aussi des mains jointes et des étreintes qui nous sauvent de la nuit. Corps à corps amoureux, ou corps à corps de combat s’imprègnent de variations en teintes sourdes ou en éclats de rouge pour révéler cette danse tantôt macabre, tantôt joyeuse du jour ou de la nuit.

Déchirer le poids du destin, c’est toujours s’évader, s’emparer des ailes de la liberté. Se heurter aux désordres du monde, s’ensauvager, sortir des chemins battus, voyager… Franta a beaucoup fréquenté New York et l’Afrique, mais aussi l’Europe, le Mexique et le Japon. Dans son œuvre, il en extrait la quintessence : des éclairs de vie, des cris en forme de sourire ou des paysages qui se confondent avec des visages. Les corps se tordent alors à l’égal des arbres, et le monde, pour le meilleur ou pour le pire, se confond avec une forêt magique. L’artiste nous engage à l’explorer quand chaque œuvre nous ouvre les portes du mystère de cette fusion de l’humain et de la matière universelle.

Jusqu’au 31 mai, Musée de Vence – Fondation Émile Hugues. Rens: museedevence.fr

photo : vue de l’exposition © Ville de Vence