25 Mar Punk révolution
En avril, dans le Var, deux femmes, la dramaturge Justine Heynemann et la comédienne Rachel Arditi seront ensemble, sous les feux de la rampe, avec deux créations insolentes et abrasives autour de la lutte que mènent les femmes pour se faire entendre : Punk.e.s (ou comment nous ne sommes pas devenues célèbres) à Chateauvallon, et Olympe(s) au Forum Estérel Côte d’Azur.
Chercher punk dans le dictionnaire : nom masculin – Mouvement de contestation regroupant des jeunes qui affichent des signes provocateurs (coiffures, ornements) par dérision envers l’ordre social. Un punk, une punk (ou punkette) adepte de ce mouvement. Punkette – féminin plaisant de punk.
C’est chou punkette, ça rime avec opérette… De quoi faire sortir les griffes aux survivantes du groupe anglais The Slits (…Les Fentes), auquel Justine Heynemann consacre le spectacle Punk.e.s. « On avait envie, avec Rachel Arditi qui a co-écrit la pièce avec moi, de raconter l’histoire d’un groupe de filles. Souvent derrière les groupes de femmes, il y avait un homme qui dirigeait. En fait… Les Slits avaient vraiment été décisionnaires de leur image, de leur musique, de leur direction artistique. Et en creusant, on s’est rendu compte que finalement c’était ça qui avait causé leur perte. Un bien grand mot, mais qui avait fait qu’elles n’étaient pas devenues aussi célèbres qu’elles l’auraient mérité. »
The Slits se forme à l’été 76 avec Ari Up (Ariana Foster), Palmolive (Paloma Romero), Kate Korus et Suzi Gutsy, que remplaceront Viv Albertine et Tessa Pollitt. Cette dernière, guitariste du groupe, témoigne : « Au commencement, c’était juste une période excitante pour moi, j’avais 17 ans. J’ai dû briser toutes les barrières de la société dans laquelle nous vivions. Il fallait agir. Nous ne nous soucions pas de ce que vous pensez que nous devrions faire. On va le faire à notre façon. Dehors. » Adrian Sherwood, compositeur, remixeur et réalisateur, commente : « Ces femmes étaient comme quatre bâtons de dynamite et tout ça ressemblait à une explosion féministe sur scène. Elles menaçaient les hommes, un véritable facteur d’émancipation. C’était aventureux, anarchique, c’était féminin, et je n’avais jamais rien vu de tel auparavant. » Pour Hollie Cook, musicienne et fille de Paul Cook, batteur des Sex Pistols, « le rock and roll parlait d’hommes se rebellant contre leurs mères et les Slits utilisaient le rock and roll pour se rebeller contre tout« .
Le spectacle musical Punk.e.s est donc librement inspiré de la fulgurante trajectoire de ces quatre nanas de seulement 14 à 20 ans, qui ont réussi l’exploit d’être le seul groupe au monde à avoir eu le contrôle absolu de leur image auprès de leur maison de disque. Pas mal, non ?
De la scène punk à la tribune révolutionnaire
Changement total d’univers avec Olympe(s), vaste fresque théâtrale – mais tout aussi musicale – qui aborde la question de la prise de parole des femmes dans un monde où les hommes la détiennent encore prioritairement. Un spectacle imaginé autour de la figure emblématique d’Olympe de Gouges aux prises avec l’Histoire en marche dans toute sa rage révolutionnaire et sa violence sans discernement.
Tout aussi fulgurante aura été l’existence de Marie Gouze qui se réinventa en Olympe de Gouges, née en 1748 et guillotinée en 1793. Elle avait 45 ans. Mariée à 17 ans, la voici veuve. Direction Paris avec son fils. 1789. La France gronde et piaffe de colère. Olympe veut garder le célibat (c’est déjà mal vu), mais aussi (et c’est pire) décider de ses actes, écrire ce qu’elle veut. Notamment la Déclaration des droits de la Femme et de la citoyenne, réponse de la bergère au berger… Dès les États généraux et la fondation de la Constituante, Olympe de Gouges entre dans la danse. Elle réclame l’égalité politique. Dans l’article 6 de sa Déclaration, elle demande même une coopération égale à l’édiction de la loi ! Exaspérés par la virulence de sa plume imprudente, ses ennemis, les grands révolutionnaires, ultra-royalistes comme Jacobins – surtout Robespierre – auront sa peau.
Pour avoir écrit dans son dernier livret qu’on ne pouvait imposer la République par la force et la contrainte, elle montera les marches de l’échafaud, elle qui revendiquait dans ses textes « la nécessité, le droit et le devoir de mourir pour ses idées« . Marie Gouze alias Olympe de Gouges, punk(e) avant l’heure, comme Ariana Foster alias Ari Up, 228 ans plus tard ?
Punk.e.s, 3 avr, Châteauvallon, Ollioules. Rens: chateauvallon-liberte.fr
Olympe(s), 28 avr, Le Forum, Fréjus. Rens: theatreleforum.fr
photo : Punk.e.s © Arnaud Dufau