Sur les traces de l’horreur

Sur les traces de l’horreur

Dans son roman La disparition de Josef Mengele, récompensé du prix Renaudot 2017, Olivier Guez suit la fuite du médecin allemand responsable de la mort de quatre cent mille hommes, femmes et enfants dans les chambres à gaz entre 1943 et 1945. Frappé par cette lecture et l’urgence de la faire vivre aujourd’hui, Mikael Chirinian l’adapte au théâtre.

Sur scène, un comédien narrateur, Mikael Chirinian lui-même, retrace l’histoire de cette fuite. « L’installation du spectacle le distingue d’un conférencier : la scène est un espace de mémoire, le lieu d’une enquête personnelle. Il s’agit de mettre l’acteur, seul, au centre du plateau, dans une installation « vestige » de l’Histoire de Josef Mengele », détaille metteur en scène Benoit Giros. On suit alors les pas du médecin du camp d’Auschwitz – « l’ange de la mort », comme l’ont surnommé ses victimes – qui fuit en Argentine, non pas par culpabilité ou regret de ce qu’il a commis, mais parce que son camp a perdu la guerre. Durant 40 ans, Josef Mengele a bénéficié de l’appui et du soutien de sa famille, d’amis, et d’États, pour mourir tranquille sur une plage du Brésil, en 1979. Quelle part d’humanité existe encore chez un homme qui a commis l’inconcevable ? Quelles traces et quel héritage laissent en nous de telles atrocités ? C’est Rolf Mengele, son propre fils, qui retrouvera sa trace – lui qui le croyait mort en Russie – et le confrontera lors d’une ultime rencontre, qui tiendra finalement lieu de procès. Le seul et unique qu’il aura eu à à connaitre…

« Ce spectacle est une réflexion sur l’impunité et l’absence de responsabilité, mettant ainsi en lumière les sombres vérités de l’histoire humaine« , souligne Mikael Chirinian, qui venait de créer L’Ombre de la Baleine, une pièce qui explorait le « mal intime« , avant de se lancer dans l’adaptation du roman d’Olivier Guez. « J’ai souhaité me confronter au Mal radical. Je veux comprendre d’où nous viennent ces fantômes qui empoisonnent nos vies personnelles et politiques. » Quatre représentations seront données à Antibes, l’occasion de mettre en lumière un sujet dramatiquement d’actualité, à l’heure où les nationalismes progressent un peu partout sur la planète, à l’heure où ce que l’on pensait appartenir au passé semble se rejouer dans l’indifférence générale.

« Toutes les deux ou trois générations, lorsque la mémoire s’étiole et que les derniers témoins des massacres précédents disparaissent, la raison s’éclipse et des hommes reviennent propager le mal. Méfiance, l’homme est une créature malléable, il faut se méfier des hommes. » (Olivier Guez)

1er au 4 avr, Théâtre Anthéa, Antibes. Rens: anthea-antibes.fr

photo : La Disparition de Josef Mengele ©Jean-Philippe Larribe