CharlElie Couture : un poète sur scène

CharlElie Couture : un poète sur scène

CharlElie Couture se démultiplie sur scène : poète en solo pour retrouver le poids des mots, ou showman festif avec son groupe Contreband. Entre le Théâtre de Grasse et le Festival Improbable à La Gaude en mai, et Roquebrune-Cap-Martin en juillet, ce « résistant » pluriel – plasticien, écrivain, musicien – défie les étiquettes. Sa quête d’expression totale culmine dans un album singulier : Projet Bleu-Vert. Portrait.

Il y a des trajectoires qui bifurquent sans jamais vraiment s’interrompre. Celle de CharlElie Couture fut marquée par un départ, presque un exil choisi : 15 ans aux États-Unis, jusqu’à son retour en France en janvier 2020. « Je suis parti parce que j’avais le sentiment d’exister autant à travers ma peinture que dans ce que je faisais en musique« , relate-t-il. Là-bas, à New York, loin des assignations hexagonales, il devient possible d’être tout à la fois : musicien, peintre, écrivain. « En France, j’étais”ni-ni”, à New York, je suis devenu ”et-et”.« 

Exil choisi et identité recomposée

Ce déplacement n’est pas qu’une question de géographie. Il relève d’un regard. « Aux États-Unis, dit-il, on vous définit par ce que vous êtes ; en France, par ce que vous n’êtes pas. » Une nuance qui, à la longue, façonne une identité artistique. Quinze ans plus tard, l’expérience est accomplie : « Quinze ans, c’était assez pour me donner de l’autorité vis-à-vis de moi-même. » Le retour, précipité en partie par Donald Trump, entérine une mue intime, conséquence à la fois d’un climat politique et du sentiment d’avoir fait le tour d’une expérience, dans une logique presque organique.

Revenu au pays, il retrouve un paysage changé – ou peut-être est-ce lui qui l’est. « J’ai regagné un peu de liberté. » Les étiquettes glissent enfin : le chanteur devient artiste. « On a enfin compris qu’au lieu de penser que j’étais musicien, plasticien ou écrivain, j’étais un artiste, tout bêtement, un créateur. » Ce renversement n’est pas anodin : il signe la fin d’une lutte contre les représentations. Désormais, le public connaît « le menu ». Il vient chercher une œuvre, une cohérence.

La poésie comme résistance

Car il y a, au cœur de ce parcours, une clé de voûte : la poésie. « La poésie est dans mon travail« , elle traverse tout, irrigue chaque forme, sans jamais se plier à des injonctions militantes frontales. D’autres, comme Frah de Shaka Ponk, ou Saez, choisissent la ligne directe ; CharlElie Couture préfère une sensibilité plus oblique, mais non dénuée d’engagement. La reconnaissance tardive d’un statut de poète en France apparaît alors comme une évidence différée.

Cette indépendance revendiquée se heurte pourtant à un système qui préfère les lignes droites. « Le système aime que les choses aillent droit. » Lui cultive les détours, les pierres dans le champ qui obligent à dévier, les chemins de traverse. Dans un monde dominé par les algorithmes – « tous les algorithmes aspirent les extrêmes comme un siphon qui ramène tout au centre » –, la poésie devient un acte de résistance : « La machine ne peut pas en faire. »

L’origine de cette résistance plonge dans une histoire familiale. Fils de résistant, élevé dans l’idée que « les choses s’acquièrent par l’effort« , il se méfie des facilités contemporaines. Une éthique à contre-courant de générations qui renoncent face à l’obstacle. Lui persiste : 27 albums studio à son actif. « C’est une œuvre, qu’on le veuille ou non.« 

Le verbe VS l’énergie

Musicalement, cette œuvre se décline aujourd’hui en deux formes : en groupe, puis en duo ou en solo. La différence entre les deux shows, comme une question d’approche artistique, révèle un rapport distinct aux mots. En groupe, l’énergie prime, parfois au détriment du texte ; en duo ou en solo, il retrouve la précision du récit, l’intimité d’une parole adressée. « En solo, je raconte des histoires.« 

Son dernier album, Projet Bleu-Vert sorti le 10 avril dernier, prolonge cette logique. Né d’une réflexion sur la pluridisciplinarité et d’une remarque sur son engagement peu visible, il revisite des chansons anciennes sous forme de duos (Angélique Kidjo, Cali, Kent, Paul Watson…). « Une autre manière de le dire, c’est que je fais du recyclage ! » Mais un recyclage vertueux : les bénéfices sont reversés à la Fédération France Nature Environnement. Le projet, geste à la fois militant et poétique, s’impose alors comme une évidence.

Dans ce « capharnaüm culturel » où tout tend vers un « gris moyen« , CharlElie Couture persiste à creuser son sillon – même oblique. Refusant la « starification”, au départ, il visait simplement une indépendance viable : « Je voulais être un artiste indépendant qui puisse gagner suffisamment d’argent pour vivre de son travail. » Pari tenu. Et au fil des années, une chose s’impose, presque en creux : la cohérence d’un parcours qui, sans jamais céder à la ligne droite, dessine une œuvre profondément libre.

Ça arrive près de chez vous

On retrouvera ce poète engagé en solo, tour à tour à la guitare et au piano, dans un set où il livrera ses titres solaires avec élégance, au Théâtre de Grasse, le mardi 5 mai 2026. Puis, avec son groupe Contreband, il fêtera la 10e édition du Festival Improbable à La Gaude, lors d’un concert payant, le dimanche 31 mai, tandis que le reste du festival, réparti sur deux week-ends (du 23 au 25 mai, et du 29 au 31 mai), se déroulera gratuitement. Enfin, il reviendra dans la région, le 17 juillet, à l’occasion du Festival Cap sous les étoiles à Roquebrune-Cap-Martin, pour un set avec la même formation.

5 mai, Théâtre de Grasse. Rens: theatredegrasse.com
Festival Improbable, 31 mai, Jardins de la Coupole, La Gaude. Rens: lefestivalimprobable.fr
Festival Cap sous les étoiles, Parc du Cap-Martin, Roquebrune-Cap-Martin. Rens: roquebrune-cap-martin.fr

photo : CharlElie Couture © Shaan

Tags: