Impossibles amours à Monaco !

Impossibles amours à Monaco !

C’est autour du thème universel et inépuisable de l’amour que Cecilia Bartoli, directrice artistique de l’Opéra de Monte-Carlo, a construit la saison 2026-2027, réunissant des œuvres majeures du répertoire lyrique évoquant les amours impossibles, portées par quelques-unes des voix les plus marquantes de notre temps. Un voyage d’une intense émotion, ponctué de belles surprises. Tour d’horizon.

Elles sont légion dans le répertoire lyrique, ces passions contrariées par le destin, la société ou la tragédie ! De Carmen à Siegfried, de Porgy and Bess à Rigoletto, en passant par Fidelio en version de concert avec la Wiener Staatsoper, L’Italiana in Algeri ou encore La Vie parisienne, la programmation élaborée par la maîtresse des lieux explore toute la palette des émotions, entre intensité dramatique et légèreté. 

On y trouve aussi des découvertes, comme le concert exceptionnel sud-africain Cape Town Heritage, avec le Chœur de l’Opéra du Cap, l’un des ensembles vocaux les plus remarquables et éclectiques au monde. Et dans un tout autre registre, un opéra plein d’inventivité : Il ritorno d’Ulisse in patria, chef-d’œuvre de Monteverdi, porté par la compagnie milanaise de marionnettes Carlo Colla & Figli.

Solistes prestigieux 

Le coup d’envoi de la saison sera donné le 7 novembre 2026 avec un récital-événement du ténor américain d’origine chilienne Jonathan Tetelman, déjà présenté comme le « nouveau » Kaufmann – c’est dire ! 

Autres rendez-vous : celui avec Asmik Grigorian, soprano à la double culture lituanienne et arménienne, qui interprétera Tchaïkovski et Rachmaninov avec le pianiste Lukas Geniušas, lauréat du Concours Tchaïkovski. Est également attendue la soprano colorature Anna Netrebko, bien escortée par le ténor Brian Jagde et le baryton George Petean, dans un programme d’airs et ensembles d’opéras de Verdi, Leoncavallo, Puccini, Giordano et Cilea. 

Quant à la directrice de l’Opéra de Monte-Carlo, elle se produira avec le contre-ténor argentin Franco Fagioli : deux voix exceptionnelles qui parcourront Haendel, Porpora, Pergolèse, Mozart et Rossini, accompagnées des Musiciens du Prince – Monaco.

Lyrisme des sentiments

La saison lyrique sera quant à elle inaugurée le 15 novembre avec Porgy and Bess de Gershwin, mis en scène par Jean-Louis Grinda. Souvent considéré comme « le plus grand opéra américain », l’ouvrage composé en septembre 1935 ose montrer au grand jour une Amérique afro-américaine en crise – pauvreté, marginalité, violence – à travers l’histoire de Porgy (Michael Sumuel), mendiant infirme des bas-fonds de Charleston, qui tente de sauver Bess (Brittany Olivia Logan) de l’emprise de Crown (Bongani Kubheka) et du dealer Sportin’ Life (Chauncey Packer). L’Orchestre Philharmonique de Monte-Carlo, dirigé pour l’occasion par Lee Reynolds, se chargera d’interpréter la partition du compositeur américain. Phalange historique de l’opéra monégasque, elle soutiendra musicalement trois autres productions lors de cette saison 2026-2027 : Carmen, Rigoletto et le récital d’Anna Netrebko, déjà évoqué.

Suivra justement Carmen, toujours en novembre. Difficile d’imaginer qu’à sa création, l’œuvre fut un échec scandaleux, avant de devenir l’opéra le plus joué au monde. L’histoire de cet amour impossible entre Don José, soldat droit mais trop naïf, et Carmen, bohémienne farouchement libre, dont la franchise brûlante et le refus des conventions sociales, qui nous parlent tant en ce XXIe siècle régressif, forcent l’admiration jusqu’au sacrifice ultime. Distribution d’exception : Marina Viotti fait ses débuts à Monte-Carlo, face à Benjamin Bernheim, qui incarne Don José pour la première fois.

Place ensuite à la légèreté pour les fêtes avec La Vie parisienne, donnée dans sa version non censurée, restituant les piques satiriques du livret. La production, somptueusement colorée, est signée Christian Lacroix (mise en scène, décors, costumes) et s’achève – comme Offenbach l’avait souhaité – dans le champagne et la fête.

En janvier, Cécilia Bartoli retrouve le rôle d’Isabella dans L’Italiana in Algeri de Rossini. Cet opéra bouffe, situé dans un Orient fantasmé, demeure l’une des partitions les plus virtuoses et étourdissantes du compositeur.

Unique opéra de Beethoven, Fidelio sera pour sa part donné en version de concert sous la direction d’Adam Fischer, avec les chœurs et l’orchestre de la Wiener Staatsoper, ainsi que les chœurs de l’Opéra de Monte-Carlo. Une œuvre où amour conjugal et aspiration à la liberté se conjuguent : Leonore (Jennifer Holloway), travestie en homme sous le nom de Fidelio, tente de sauver son époux Florestan (Michael Spyres), injustement emprisonné.

Avec Rigoletto de Verdi, l’heure est au mélodrame : Gilda (Lisette Oropesa), jeune fille innocente, s’éprend du Duc de Mantoue (Iván Ayón Rivas), séducteur cynique. Tragédie inéluctable : elle est la fille du bouffon Rigoletto (Ludovic Tézier), lui-même au service du Duc. Frisson garanti, notamment avec le fameux air La donna è mobile !

Enfin, la saison s’achèvera le 15 avril 2027 avec Siegfried, troisième volet de la tétralogie de Wagner, mis en scène par Davide Livermore. Le héros éponyme (Brett Sprague), figure pure et intrépide, s’empare de l’anneau sans en mesurer la portée. L’œuvre culmine dans l’un des moments d’émotion les plus bouleversants de l’opéra : le réveil de Brünnhilde (Nancy Weissbach), redécouvrant la lumière après un long sommeil.

La billetterie est d’ores et déjà ouverte !

Dès le 7 nov, Opéra de Monte-Carlo. Rens: opera.mc

photo : Cecilia Bartoli ©OMC – Fabrice Demessence