L’infiltré sans filtre

L’infiltré sans filtre

Océan, artiste pluriel, qui rend l’identité transgenre accessible et compréhensible à tous, y compris celles et ceux qui ont des préjugés – conscients comme inconscients –, présente L’infiltré à Toulon. Son premier spectacle depuis l’annonce de sa transition en 2018 !

En 2009, on découvrait l’humoriste Océanerosemarie dans son seule-en-scène La Lesbienne Invisible, cheveux longs, robe et maquillage. Quelques apparitions à la télévision, sur grand écran et au théâtre plus tard, on (re)découvrait en 2019 un Océan aux traits masculins. Le comédien, qui entamait sa transition, évoquait caméra à la main, dans une web-série documentaire éponyme diffusée sur France.tv Slash (voir vidéo), ses premières injections de testostérone, et les différentes étapes physiques, psychologiques, sentimentales de sa transition de femme à homme. Autant d’étapes qui ont servi à l’artiste pour construire le spectacle-conférence présenté ce printemps à Toulon.

On est sensibilisé au point de vue d’une personne qui, à 40 ans, devient un homme. Océan ne se contente pas d’expliquer comment fonctionne le processus de transition, il dévoile ce que vivent les personnes confrontées au défi de la réintégration post-transition, dans un « nouveau » genre – d’où le titre du spectacle L’infiltré. C’est là ce qui rend Océan unique : il affronte les préjugés plutôt que de simplement les dénoncer, et parvient à faire comprendre un parcours complexe, pour le rendre plus lisible grâce à une approche directe et efficace. À la dimension performative et théâtrale du spectacle, s’ajoute une dimension documentaire : à travers des archives audios, photos et vidéos, le militant donne aussi la parole à des personnes transgenres, qui racontent leurs trajectoires, leurs expériences et leur intimité. En écoutant ces récits, on découvre des réalités encore trop méconnues et l’on déconstruit peu à peu de nombreux préjugés et stéréotypes.

Même sans être directement concerné, le spectateur est amené à remettre en question ses certitudes, et à essayer de se mettre à leur place. C’est une manière de donner « des outils pour penser et dédramatiser les questions de genre, en partant du vécu et en abordant ces sujets avec joie« … et beaucoup d’humour ! Car « face au durcissement exponentiel des lois contre les minorités de genres et sexuelles aux États-Unis, en Russie, mais aussi en Europe et en France, où les attaques transphobes sont de plus en plus normalisées, une urgence d’agir de façon très concrète s’est imposée à moi.« 

5 au 7 mai, Théâtre Liberté, Toulon. Rens: chateauvallon-liberte.fr

photo : L’infiltré © Pauline Le Goff