Miroir grinçant de nos hypocrisies

Miroir grinçant de nos hypocrisies

Le Théâtre National de Nice programme Le Tartuffe de Molière, du 7 au 12 mai 2026, dans une mise en scène de Jean Liermier, en coproduction avec le Théâtre de Carouge, dont il est le directeur jusqu’à la fin de l’année.

Molière écrit Le Tartuffe ou l’Imposteur en 1664 pour dénoncer l’hypocrisie et le fanatisme dans la société. Il poursuit ainsi l’entreprise qu’il s’est assigné au théâtre depuis L’École des femmes : « dénoncer ceux qui prétendent exercer sur les consciences une autorité abusive. »

Pour illustrer l’emprise et l’hypocrisie de certains, il prend pour exemple Tartuffe (Philippe Gouin) qui, sous couvert de ferveur religieuse et de défense d’une moralité absolue, s’immisce dans la vie et l’esprit d’Orgon (Gilles Privat), jusqu’à vivre à ses dépens et le détourner de ses devoirs familiaux comme de ses engagements quotidiens. La comédie, qui met en cause ce « faux dévot » – véritable escroc –, se heurte dès sa première représentation à la cabale des ecclésiastiques. Molière rencontre alors de nombreux obstacles dans sa liberté d’artiste. Le roi lui-même (Louis XIV) se révèle, cette fois, presque impuissant à le soutenir, tant la querelle est vive. Pourtant, il ne cesse de démontrer qu’il s’est efforcé de distinguer clairement l’hypocrite du véritable dévot, le « méchant homme » de « l’homme de bien ». Il lui faudra 6 ans pour que Le Tartuffe, d’abord en trois actes, trouve sa forme définitive en cinq actes. 

Avec cette création, Molière affirme le projet de ses comédies, et de la comédie en général : fustiger et corriger les vices des hommes, dans la lignée des comédies antiques. Cette dénonciation cinglante passe notamment par Dorine, suivante de Marianne (Bénédicte Amsler Denogent), qui s’exprime ici avec subtilité, portée par la voix de Muriel Mayette-Holtz, par ailleurs directrice du TNN, dans des répliques savoureuses et jubilatoires. Les alexandrins de Molière, loin des clichés de rigidité souvent associés aux vers, révèlent ici une énergie, et un rythme, doublés d’une force de persuasion étonnante : les comédiens s’en emparent avec une évidente jubilation.

Comme dans toutes ses comédies, Molière montre que la nature humaine reste immuable et que les sociétés, au fil des siècles, persistent dans les mêmes égarements : hypocrisie, fanatisme, mensonge, imposture… Il est frappant de constater, une fois encore, combien la pièce résonne avec notre époque – comme avec toutes celles qui ont suivi après l’ère Molière.

7 au 12 mai, La Cuisine – Théâtre national de Nice. Rens: tnn.fr

photo : Le Tartuffe © Carole Parodi