Une fleur sous les décombres

Une fleur sous les décombres

Hend Jouda, poétesse palestinienne, artiste engagée au sein de la plateforme Shaeirat – qui porte des voix féminines et poétiques de la scène arabe contemporaine –, performera ses écrits dans le spectacle Gaza ô ma joie, présenté au Liberté à Toulon, les 18 et 19 mai.

« Que signifie être poète en temps de guerre ? » est un poème iconique, rapidement devenu viral, traduit en de multiples langues, écrit et publié par Hend Jouda sur son compte Facebook en octobre 2023 pendant les massacres à Gaza. « Si elle n’a sans doute pas de réponse claire à la question, depuis plusieurs conflits à Gaza elle incarne en acte la réponse à la question : comment être poète en temps de guerre ? Par la force de son écriture poétique et par un engagement culturel intense dans la vie culturelle de son peuple« , indique le metteur en scène Henri jules Julien qui a choisi les poèmes lus sur scène, en français par la marocaine Soukaina Habiballah, et en arabe par Hend Jouda elle-même.

L’art pour contrer l’horreur : cette dernière y participe par la résistance de ses mots, qui témoignent d’un souffle de vie refusant de se laisser anéantir. Des mots guérisseurs : « Je soufflerai sur les plaies de Gaza / Je chanterai pour qu’elle s’endorme. » Car les tensions inéluctables qui traversent aujourd’hui la bande de Gaza parlent d’un monde impuissant, se détournant de son propre miroir. Mais face à cet horizon incertain, Hend Jouda choisit d’opposer la force de la poésie, incarnant une possible reconstruction à partir de métamorphoses intérieures.

Les mots comme pansement : pour œuvrer, témoigner, et tenter d’endiguer cette énergie destructrice, d’enrayer l’escalade vers l’inhumanité. Un espoir – nécessité vibrante – face à une actualité alarmante, où les lois semblent parfois laisser sans voix. La poétesse gazaouie ne cesse d’écrire, martelant le droit au rêve et rappelant au monde la fibre solidaire de tout un peuple : « J’ai une tresse de la longueur d’un rêve / Elle ne raccourcit pas malgré le bruit des ciseaux. »

Née en 1983 dans le camp de réfugiés d’al-Bureij, Hend Jouda a vécu et travaillé à Gaza avant de trouver refuge au Caire avec sa famille. Poétesse, nouvelliste et productrice radio, elle a notamment collaboré avec plusieurs stations locales et publié plusieurs recueils en arabe. Son spectacle Gaza ô ma joie – également titre de son dernier recueil publié en 2025 – est donc un témoignage du chaos autant qu’une ode à la vie et à l’amour, contre la mort : « Ce monde / Énorme tas d’aiguilles / Cache une fleur. »

18 & 19 mai, Le Liberté, Toulon. Rens: chateauvallon-liberte.fr

photo : Gaza ô ma joie, Hend Jouda © DR