10 Sep Gabriela Mistral : 3 jours pour se souvenir
Elle fut le premier Prix Nobel de littérature originaire d’Amérique du Sud… Gabriela Mistral (1889-1957), poétesse chilienne, féministe, enseignante, journaliste et diplomate, invisibilisée comme tant de femmes auteures, a sans relâche lutté contre les inégalités et pour le respect de minorités, et défendu les droits des enfants et ceux des femmes. À Nice, la Semeuse et la Fondation de Cessole lui rendent hommage, à l’occasion du 80e anniversaire de son prix Nobel.
« Moins de Pablo Neruda, plus de Gabriela Mistral« , criait-on lors des grandes manifestations de 2019 contre les inégalités au Chili. Allusion au comportement du poète, plus grand dans ses écrits qu’envers les femmes… Gabriela Mistral, née Lucila de María del Perpetuo Socorro Godoy Alcayaga, est l’une des plus grandes plumes de la poésie chilienne, et le choix de son pseudo est inspiré par ses poètes favoris, Gabriel d’Annunzio et Frédéric Mistral.
Rien ne prédestinait cette femme à la reconnaissance suprême en littérature. Il faut dire que la vie lui a fourni de quoi forger son caractère… Née au Chili en 1889 dans un village pauvre et isolé de la vallée de l’Elqui, elle connait une enfance et une jeunesse difficiles : son père instituteur abandonne le foyer quand elle a 3 ans et, une quinzaine d’années plus tard, son amoureux se suicidera. Des événements douloureux qui resurgiront dans ses vers.
Elle parvient tout de même à suivre des études et devient institutrice à 19 ans. En parallèle, elle se consacre au journalisme et l’écriture. Mais son action en faveur de l’éducation des femmes et des ouvriers, et son homosexualité, lui valent l’inimitié d’un catholique influent et l’éloignent des écoles de la capitale. Sa vie bascule quand, à 22 ans, José Vasconcelos, ministre mexicain de l’Éducation, frappé par ses écrits, l’invite à enseigner : elle y mène une réforme de l’enseignement par la création de bibliothèques dans les écoles et donne des conférences aux USA, en Espagne et en Italie.
En 1932, elle devient consule du Chili. Ce qui la conduit notamment en Europe. Gabriela refusait toute appartenance politique, elle était contre l’élite, contre la domination de l’Amérique latine par les États-Unis, et œuvrait à l’émancipation des femmes et des paysans. De nombreux drames personnels puis la 2e Guerre mondiale vont radicalement changer sa vie, son être, mais elle ne cesse d’écrire : « Cela fait si longtemps que je suis la servante du chant qui vient, qui arrive et ne peut être enseveli. » Elle cherche « des mots primordiaux, qui nomment droit, des mots sans crasse ni vice, durs comme les essieux en bois d’aubépine de mes charrettes de Montegrande [son village natal] ». Quand elle meurt à New York en 1957, le Chili, qui a tardé à reconnaitre son talent, proclame 3 jours de deuil national. Dans son testament, Gabriela a demandé à ce que le produit des ventes de ses œuvres en Amérique du Sud revienne aux enfants pauvres de Montegrande, où elle a demandé à être enterrée.
Gabriela Mistral, toujours présente
A Nice, sa grande traductrice Irène Gayraud accompagnera l’événement Gabriela Mistral, toujours présente à la Chapelle de la Providence. Au programme : l’exposition Deux Nobel, deux Mistral, de l’Elqui à la Provence, autour de l’étonnant destin de la poétesse, de sa « relation » avec Frédéric Mistral, la Provence et Nice ; puis une conférence et tertulia (en Espagne et Amérique latine, réunion informelle autour d’un sujet littéraire ou artistique) sur le thème La Terre a l’attitude d’une femme avec Teresa Guerrero Toro. Chercheuse chilienne en littérature, sur les traces de Gabriela Mistral en France, elle évoquera la vie, l’œuvre et les valeurs que cette femme de lettres et d’action a toujours défendues à travers ses écrits : l’accès à l’éducation pour toutes et tous, la protection de la culture des Indiens des Andes, et surtout les droits des femmes.
25 au 27 sep, Chapelle de la Providence, Nice. Rens: fondationcessole.com
photo: Gabriela Mistral © DR