10 Sep À Cannes, l’art à tout âge
À Cannes, le Théâtre de la Licorne continue de creuser le sillon de sa singularité : un lieu ouvert à toutes les générations, où les artistes d’aujourd’hui viennent rencontrer les adultes de demain. Labellisé Scène conventionnée d’intérêt national Art, enfance, jeunesse, il dévoile une saison 2025-2026 où la curiosité le dispute à la réflexion.
Théâtre, danse, marionnettes, cirque contemporain, musique… Cette saison entend passer en revue tout le spectre du spectacle vivant, voire au-delà ! Résidences d’artistes, ateliers pédagogiques, ateliers en crèche, dispositifs Familles au Spectacle, ou encore rencontres avec des auteurs de théâtre jeunesse complètent le programme : tout est pensé pour que la culture accompagne les enfants dès leur plus jeune âge et irrigue le quotidien des familles azuréennes.
Une ouverture qui donne le ton
Rendez-vous est donné à la Licorne dès le 10 octobre, avec Dominique Toute Seule, une création de Marie Burki, Garance Durand Caminos et Tom Geels. On y suit une jeune femme qui se sent disparaître après avoir perdu son travail et sa maison. Alors un jour, elle prend le bus jusqu’au terminus : la forêt. Débute ici un périple fait de rencontres avec la nature et les éléments. Cette fantasmagorie sociale et musicale de la Cie Au détour du Cairn, qui parle de précarité, de déclassement et d’isolement aux enfants (dès 7 ans), est estampillée du « label » Écritures théâtrales contemporaines, visant à donner toujours plus de visibilité aux textes récents qui explorent des thématiques fortes par des écritures novatrices.
Au cours de la saison, trois autres rendez-vous investiront ce champ des écritures contemporaines : The Last Library de Mike Kenny, qui s’intéresse à la place des livres dans nos sociétés et la menace de la censure, suivi de Teen Play, texte inédit de Marcos Caramés-Blanco, mis en scène par Nathalie Bensard, avec des élèves-comédiens de l’École Régionale d’Acteurs de Cannes et Marseille (ERACM), qui plonge le public dans les codes des « teen movies » pour explorer l’univers collégien.
Mais aussi une incongrue Boum littéraire ! Cette performance singulière accessible dès 7 ans, « réunit un groupe d’écrivains qui compose en deux jours une histoire en six épisodes à partir d’une playlist de six tubes. Avec une contrainte supplémentaire : chaque épisode du feuilleton doit se terminer par le titre du morceau qui suit dans la playlist« , nous dit-on. Le résultat de cette « mini-résidence », réunissant les dramaturges Samuel Gallet, Métie Navajo et Mariette Navarro, sera présentée le 30 janvier 2026.
Des esthétiques multiples
Tout au long de la saison, la Licorne jonglera ainsi avec les esthétiques : humour avec la conférence burlesque et magique On vous raconte des histoires, par la Cie du Détour ; marionnettes et mémoire familiale dans Les sept dernières balades de Mémé Jeanine de Stéphan Ramirez ; marionnettes et mémoire commune dans Herbes folles en République, qui investira en avril la Place Taras Chevtchenko, Quartier République. Cette création du Théâtre Désaccordé, qui a repris les rênes de l’atelier tenu des années durant par feu la Cie Arketal, donnera corps aux histoires de ce quartier cannois, grâce aux personnages manipulés par des écoliers de la ville et des artistes invités cette saison au Point Fixe, l’atelier de la compagnie.
Sans oublier la danse… Festival de danse Cannes-Côte d’Azur oblige ! Elle se déploiera cet automne, avec Isicathulo de Simonne Rizzo, mêlant stepping et hip hop, ou encore avec No Matter d’Hervé Koubi, qui fera dialoguer identités masculines et héroïnes du quotidien. Plus tard dans la saison, la compagnie de Raphaëlle Boitel revisitera quant à elle le mythe d’Orphée dans Un contre un, entre cirque contemporain et musique live.
Tout pour les p’tits canaillous
Chaque rendez-vous souligne la vocation de la Licorne : ouvrir les portes de l’art dès le plus jeune âge. Les tout-petits sont conviés à plonger dans les expériences sensorielles du Petit B de Marion Muzac, ou à rêver devant Léopoldine, l’histoire tendre d’une coccinelle qui ne sait pas voler, imaginée par le marionnettiste Emmanuel Hermant et le musicien Marc Perruchet.
Un festival est d’ailleurs spécialement dédié à la jeunesse chaque automne : P’tits Cannes à You, qui fera intervenir un maximum d’acteurs culturels du territoire, avec tout un programme de spectacles et d’ateliers. Les Chicos Mambo y feront briller leur folie créative avec A4 (Comme la feuille), un spectacle de danse familial nourri par l’énergie de Vivaldi, tandis que les plus petits pourront se perdre dans La Forêt des Larmes, installation immersive et musicale de la Cie Aérostat Marionnettes Kiosque, ou encore participer à un voyage poétique dans WoooOOOoool, théâtre visuel du Bob Théâtre…
Le jeudi, c’est toujours jazz
En parallèle de la programmation théâtrale, le Théâtre Alexandre III accueillera les Jeudis du Jazz, rendez-vous musical qui a célébré ses 10 ans en juin dernier lors d’une grande soirée. Cette nouvelle saison s’ouvrira en octobre avec Ludivine Issambourg et son projet Above The Laws, au bon souvenir au jazz fusion des années 70, qui précèdera le mythique Kahil El’Zabar, célébrant 50 ans de carrière avec son Ethnic Heritage Ensemble. En novembre, le quartet de la violoncelliste Adèle Viret conjuguera lyrisme et audace. L’année 2026 débutera avec la Suisse Lea Maria Fries et son univers hybride, entre jazz et rock expérimental, avant que ne se succèdent, en février, le pianiste Rémi Panossian, dans un hommage à l’Asie, puis le violoniste Mathias Lévy, adepte de l’improvisation. En mars, David Enhco et Marc Perrenoud rendront un hommage intimiste à Chet Baker, et Sarah Lenka prêtera sa voix aux récits oubliés de femmes, entre folk, blues et jazz. Enfin, avril refermera cette grande parenthèse jazzistique avec Paul Lay et son album Odyssée, puis Cédric Hanriot, qui fusionne jazz, électro et classique dans son projet Time is Color Vol.2.
Cette saison 2025-2026 se veut donc à la fois accessible, exigeante, et profondément ancrée dans son rôle de passeur culturel. De l’éveil sensoriel des tout-petits aux questionnements existentiels des ados, des récits intimes aux grandes fresques collectives, à Cannes, l’art s’invite à chaque âge de la vie.
Dès le 10 oct, Théâtre de la Licorne & Théâtre Alexandre III, Cannes. Rens: cannes.com
photo: Dominique toute seule ©Jean-Louis Duzert