Garçonnat est un phosphène

Garçonnat est un phosphène

Diplômé en 2025 de l’ESADTPM, Gabriel Garçonnat a fait partie du projet TROUBLE MAKERS(galerie Contenus débordants – Toulon). Actuellement en résidence au metaxu, il est aussi membre du collectif toulonnais TaTonTitre et vient de participer, avec celui-ci, à l’exposition L’EtrangeStailleursà la Galerie Territoires Partagés à Marseille. En avril, il bénéficie d’une exposition personnelle à la Galerie de l’école.

Gabriel Garçonnat s’intéresse à ces moments où la perception vacille, où la lumière déraille et le son piège. Au gré de ses pratiques et de ses lectures, il érige l’échec perçu en méthode – une « poétique du ratage » qui réveille l’expérience et la rend inédite. Installations, peintures, vidéos et sculptures composent ce que le commissaire d’exposition Yann Perol décrit comme « une partition protéiforme« , où l’approximation devient stratagème, et le bricolage tactique politique.

« À la manière d’un animal bioluminescent qui produit sa propre lumière« , le corps humain soumis à l’obscurité ou au vacarme engendre ses propres stimuli : « auto-parasitages« , « syndromes lucides » que Gabriel Garçonnat cartographie. Il emprunte la rigueur de la science (mesures, essais publiés) mais la détourne à l’aide de matériaux récupérés, d’enceintes bricolées et d’objets hors-manufacture – quelque part entre protocole expérimental et invention à la Géo Trouvetou. Le résultat : une poésie technique où le hors-langage se joue des maths, et où la sensibilité émerge des rafistolages.

Karlsonator © Gabriel Garçonnat – 2025

Son travail interroge le son comme force modelante – nappes omniprésentes, stroboscopes, clignotements urbains – et convoque autant les recherches psycho-acoustiques de Juliette Volcler que l’imaginaire des bandes dessinées populaires (Lagaffe, Tintin, Spirou). Ces échos ludiques et absurdes transcendent une hantise contemporaine : le contrôle par le son, la catastrophe aussi banale qu’improbable. Gabriel Garçonnat retourne ces mythes en dispositifs, provoquant l’alerte et le rire, la gêne et la fascination.

Le spectateur n’est plus seulement regardeur : il devient partie prenante, mis à l’épreuve dans sa corporalité comme dans ses certitudes. Le DIY (do it yourself) assumé, le « bâclé » revendiqué, ne sont pas effets de mode mais principes esthétiques et éthiques – une manière de repenser l’objet et ses usages.

Au fond, Gabriel Garçonnat ne représente pas l’ombre du réel : il la rend active. Ses pièces nous confrontent à nos failles perceptives et, paradoxalement, nous offrent une lucidité nouvelle – fragile, drôle et perspicace, comme un phosphène persistant derrière l’œil.

3 au 24 av (vernissage 2 avr 18h30), Galerie de l’école – ESADTPM, Toulon. Rens: esadtpm.fr

photo Une : Phosphène © Gabriel Garçonnat – 2024