Emmanuel Darley, un humaniste

Emmanuel Darley, un humaniste

Il y a 10 ans, le 26 janvier 2016, Emmanuel Darley nous quittait. Auteur et dramaturge, il a écrit nombre de romans et de pièces de théâtre qui résonnent toujours autant aujourd’hui. Pour mettre à l’honneur cet auteur profondément humaniste, qui avait à cœur de redonner voix aux marginaux, aux oubliés de la société, Thierry de Pina a imaginé un triptyque théâtral de ses plus grands succès.

Né en 1963 à Paris, Emmanuel Darley a d’abord étudié le cinéma avant de devenir libraire, pour ensuite se consacrer à l’écriture de romans et de pièces de théâtre. En 1993, il publie son premier roman, Des petits garçons, aux éditions POL, puis Un gâchis, aux éditions Verdier, en 1997. Suite à la rencontre d’acteurs du monde théâtral, il s’essaie avec grand succès à la dramaturgie. Profondément empathiques, ses textes, aussi bien romanesques que théâtraux, n’ont eu de cesse d’être salués par la critique ; sa plume, sensible et vraie, met en avant les sentiments humains, avec cette volonté de toujours partir à la rencontre des autres.

Afin de rendre hommage à cette figure incontournable du théâtre, et pour faire résonner ses messages de tolérance, dont notre monde a bien besoin, le comédien Thierry de Pina fait tourner depuis plusieurs années un triptyque théâtral composé de Qui va là, Le mardi à Monoprix, et Pays Bonheur – ce dernier adapté de son roman Le Bonheur, paru en 2007. Trois monologues, tous interprétés par le comédien de la Cie Ah le Zèbre ! abordant les différences, la solitude, mais aussi l’amour et l’humanité.

Redonner voix aux oubliés

À l’origine publiée en 2002, Qui va là ? met en scène Alexandre Cabari, un homme sans domicile fixe qui se retrouve démuni après la mort de sa mère, le seul être cher qui lui restait. Désormais sans repères dans un monde qui ne lui viendra pas en aide, il improvise, alors qu’il s’est glissé dans un théâtre vide, une reconstitution de son ancienne vie. Un fauteuil devient sa mère et les quelques accessoires présents – un seau, un carton, un escabeau – suffisent à son imagination pour recréer son ancien lieu de vie. L’occasion pour lui de faire le point, de manière cathartique, en évoquant son deuil mais aussi sa relation avec les autres, sa solitude, son errance, à l’heure où notre société a tendance à fuir la différence et les parcours de vie marginaux plutôt que de les embrasser. Un seul-en-scène programmé en avril au Théâtre de la Libé à Nice.

Publiée en 2009, Le mardi à Monoprix a quant à lui fait l’objet d’une traduction en anglais en 2011 sous le titre Tuesdays at Tesco’s. On y croise Marie-Pierre qui, chaque mardi, emmène son père veuf faire ses courses au Monoprix. Une scène à première vue classique et touchante mais qui n’en cache pas moins de nombreux démons pour la jeune femme. Des démons qui s’expriment sous la forme de chuchotements sur son passage, de regards intrigués ou mauvais, voire de piques d’humour plus que douteuses. Car, avant, Marie-Pierre s’appelait Jean-Pierre. Un texte plein d’une douceur, parfois amère, qui se déploie à travers une subtile divagation entre comique et tragique pour faire passer un message d’acceptation et de tolérance. Le spectacle, plébiscité par la critique et élu meilleur seul-en-scène au Off d’Avignon en 2023, est à (re)découvrir en avril au Théâtre de la Semeuse à Nice, et en juin au Poustou à Tourtour.

Donné seulement à Nantes et à Paris ce printemps, le troisième spectacle, Pays Bonheur, conte l’histoire d’un homme sans identité – car son histoire, c’est celle de millions d’autres – qui fuit sa terre natale et raconte son périple. Arrivé à destination, il se rend compte que sa terre promise, son Eldorado imaginé, son Pays bonheur n’est en fait qu’un théâtre de désolation, de misère morale et matérielle. Ce texte poignant met en lumière les sombres vérités et les nombreuses désillusions derrière chaque migration, à travers le portrait de cet homme seul et la volonté de remettre en question une immigration que l’Occident voit trop souvent comme une  » facilité  » : ici, on parle de renoncement, de passés tragiques et marqués par la douleur. Une claque de réalité. À l’image de l’œuvre de ce dramaturge, (malheureusement) brûlante d’actualité en 2026.

Qui va là ?, 3 au 5 avr, Théâtre de la Libé, Nice. Rens: theatredelalibe.fr • Le mardi à Monoprix, 10 & 11 avr, Théâtre de la Semeuse, Nice – 13 juin, Le Poustou, Tourtour. Rens: lasemeuse.asso.fr, 04 94 70 56 90

photo : Le mardi à Monoprix © Marine Cessat-Begler