Jeudis du Jazz : l’appel du large

Jeudis du Jazz : l’appel du large

En ce mois d’avril à Cannes, le Théâtre Alexandre III accueille ses deux derniers Jeudis du Jazz de la saison 2025-2026 : on y écoutera les aventureux Paul Lay et Cédric Hanriot.

Le jazz, jadis musique de nuit, se programme de plus en plus tôt, ce qui lui permet d’atteindre un public plus large, plus inséré dans un rythme ordinaire de travail et de loisirs. Le 23 avril, c’est donc à 19h30, horaire historique de ces Jeudis du Jazz, qu’on pourra écouter l’excellent quartet de Cédric Hanriot. Ce pianiste n’est pas un inconnu : depuis longtemps, il parcourt les scènes jazz derrière son piano, ou (de plus en plus) derrière des claviers électroniques qui l’aident à chercher des matières sonores inédites, des voiles, des textures où s’enroulent les mélodies. Et les techniques d’aujourd’hui permettent de préparer, avant l’entrée en scène, des effets, des boucles, des rythmiques et des accents sur lesquels on improvise pour de bon. Cédric Hanriot, d’ailleurs, en plus de la musique, s’intéresse de près à la physique quantique et à ses explorations qui éclairent des espaces peu connus de la réalité rationnelle : comme si la science permettait de découvrir ce qui relevait naguère d’une démarche spirituelle ésotérique. La musique place ses pas dans ce cheminement, dont la transe douce nous transporte dans un univers inaccoutumé. Laissez-vous tenter par ce voyage imprévu !

Le premier concert du mois, le 9 avril, nous convie à un voyage un peu similaire : L’Odyssée de Paul Lay nous fait frôler Charybde, Scylla, Circé la magicienne, Polyphème, ou les Sirènes qui font flotter juste en dessous de l’eau une musique dangereusement attirante. Paul Lay, jeune encore, est certainement l’un des pianistes et compositeurs les plus intéressants et les plus prolifiques de sa génération. Ce boulimique de travail, qui garde toujours son charme et sa précision, enseigne au Conservatoire supérieur de Paris, réharmonise Gershwin, écrit pour le magnifique chœur des Éléments… Et reprendra à Cannes son programme Odyssée : un parcours qu’on peut croire sans fin (mais qui, étonnamment, en a une…) pour celui qui, sans presque y penser, invente toujours une nouvelle ruse pour se glisser dans les anfractuosités d’une réalité épineuse. À force d’être si inventif, sait-il au moins qui il est ? Son intelligence n’est-elle pas un masque qui lui interdit d’avoir accès à sa propre intériorité ? À moins que son amour pour Pénélope, après toutes ses incartades, ne finisse par le révéler à lui-même ? Ces incertitudes et ce parcours initiatique nous sont proposés de manière musicale et convaincante par ce virtuose, qui se joue du clavier sans même qu’on y pense, danse devant ses touches, et se fait accompagner par les remarquables Samuel F’hima à la contrebasse et le fidèle Donald Kontomanou, l’oreille toujours ouverte et la baguette toujours prête.

Paul Lay, 9 avr • Cédric Hanriot, 23 avr. Théâtre Alexandre III, Cannes. Rens: cannes.com

photo : Paul Lay © Sylvain Gripoix