25 Mar Le Var, laboratoire des couleurs
À Villa Théo, l’exposition Couleurs du Var déploie un nuancier bien plus vaste qu’une simple célébration régionale : c’est une traversée de l’histoire de l’art, baignée dans l’inégalable lumière du Midi qui, depuis plus d’un siècle au Lavandou, agit comme un révélateur auprès des artistes.
Des néo-impressionnistes aux artistes contemporains, le parcours de cette exposition réunit 27 œuvres signées par 18 créateurs, pour instaurer un dialogue fluide entre les époques et les sensibilités. On y trouve notamment les figures majeures qui ont défini la modernité picturale sur nos rivages, comme Charles Camoin, Maximilien Luce, Louis Valtat, et bien sûr Henri-Edmond Cross et Henri Manguin, ces deux derniers ayant respectivement fait l’objet d’expositions personnelles en 2023 et 2024. « Je persiste à croire que ce pays est le plus beau du monde« , avait écrit Cross en 1906 dans une correspondance adressée à son amie et biographe Lucie Cousturier. Lui, homme du Nord né en 1856 à Douai, qui passera chaque été dans notre région à partir de 1883, avant de s’installer Quartier Saint-Clair, non loin des plages de la Cité des Dauphins. Amorçant ainsi, pour de nombreux artistes, une ruée vers cet or pictural que constituent les couleurs du Var…
Car ici, tout semble partir de la couleur – et de la lumière ! Bien calé entre mer et collines, gorges et pinèdes, le Var n’est pas qu’une simple succession touristique de paysages grandioses, il est aussi une sorte de laboratoire mettant à disposition du regard une inépuisable diversité de motifs qui ont permis d’explorer de nouvelles manières de voir, et surtout de peindre.
Dans ce même sillage, une autre figure s’impose avec évidence : Théo Van Rysselberghe. Installé lui aussi au Lavandou au début du XXe siècle, il y fit construire la maison qui abrite aujourd’hui le Centre d’art : la Villa Théo. Sa présence irrigue littéralement les lieux, à travers quelques-unes de ses œuvres, dont Les anthémis en fleurs (1904). Le centenaire de sa disparition offre un prétexte idéal pour rappeler combien son œil a contribué à transformer le paysage varois en territoire pictural.
L’exposition joue par ailleurs sur les contrastes – sans lesquels les couleurs seraient bien fades. Dès lors, aux côtés de toiles « historiques » répondent celles d’artistes contemporains comme Caroline Vicquenault, Solange Triger, Patrice Giorda, ou Serge Plagnol. Preuve que ce « plus beau pays du monde » continue d’inspirer. Le parcours chronothématique – du néo-impressionnisme au fauvisme, de l’art classique à l’art contemporain, des gorges du Verdon au littoral méditerranéen – évite ainsi l’écueil d’un banal accrochage patrimonial pour déployer une véritable mise en perspective.
Bref, voici-là une exposition qui vient rappeler avec style, que la lumière est plus qu’un sujet dans le Var, c’est presque une école !
Jusqu’au 30 mai, Villa Théo, Le Lavandou. Rens: villa-theo.fr
photo : Vue de l’exposition Couleurs du Var © Ville du Lavandou