Un Scapin de la rue

Un Scapin de la rue

Une version innovante et insolente des Fourberies de Scapinest attendue à Roquebrune-sur-Argens, le 22 mai. On la doit à Tigran Mekhitarian, comédien et metteur en scène de la – bien nommée – Cie de l’Illustre Théâtre.

On ne le répètera jamais assez, plus de trois siècles après la mort de Molière, l’œuvre du plus grand dramaturge français n’a rien perdu de sa malice. Avec Les Fourberies de Scapin, il signait un bijou d’ingéniosité comique : un valet rusé, Scapin, y manipule pères autoritaires et jeunes amoureux empêtrés pour faire triompher le désir contre l’ordre établi. Dans cette farce créée en 1671, tromperies, coups de théâtre et répliques ciselées composent une mécanique redoutable où la ruse devient un art. Une vitalité que le metteur en scène Tigran Mekhitarian choisit de plonger dans le tumulte contemporain. 

Ici, Scapin traîne dans un squat et écoute du rap. Sans trahir le texte original, l’adaptation injecte une énergie urbaine, glisse des transitions improvisées empruntant à la langue d’aujourd’hui, et reconfigure quelques peu les rapports entre personnages : amours plus frontales, tensions sociales plus lisibles, blessures intimes exacerbées. « Ce ne sont pas uniquement les fourberies de ce jeune Scapin que j’ai voulu mettre en avant, mais l’histoire d’une bande d’amis à qui il arrive un drame« , explique le metteur en scène. La farce devient ici une sorte de récit initiatique, non dénué d’humour pour autant. L’objectif est faire de cette œuvre un miroir tendu à la jeunesse actuelle. Mekhitarian revendique en effet un théâtre moins élitiste, capable de parler à tous. « N’ayons pas peur des mots, nous voyons peu d’africains, d’arabes ou autres français d’origine étrangère, assis, prêts à vibrer à travers un texte de Molière« , souligne-t-il. D’ailleurs, « la réelle modernité n’est pas forcément dans la mise en scène, le décor ou les costumes, mais principalement dans le jeu des acteurs, les directions données dans les répliques et finalement bien dans l’écriture même de Molière« . D’où l’ajout de ces impros, de cette musicalité omniprésente, et d’un texte qui assume le grand écart entre alexandrins et punchlines. 

Dans ce Scapin de la rue, la ruse n’est plus seulement un ressort comique : elle devient un moyen de survie. Et c’est peut-être là que la modernité opère vraiment : en rappelant que derrière les farces de Molière se cachait déjà une forme de lutte – sociale, affective, existentielle…

22 mai, Espace Robert Manuel, Roquebrune-sur-Argens. Rens: roquebrune.com

photo : Les Fourberies de Scapin © David Law