Jazz à Juan : kaléidoscope vivant du jazz

Jazz à Juan : kaléidoscope vivant du jazz

L’un des plus anciens et des plus prestigieux festivals de jazz français reprend du service dans une Pinède Gould rénovée, pour une nouvelle édition 2026 qui propose, du 9 au 19 juillet 2026, un beau condensé de la scène actuelle, tournée vers l’avenir tout en se souvenant du passé.

Comme on aime les anniversaires, rappelons que 2026 célèbre le centenaire de Miles Davis, qui a su au cours de sa vie infléchir à plusieurs reprises le cours de cette musique. Le vibrant fantôme de Miles sera bien sûr évoqué par Marcus Miller, bassiste et compositeur, l’un de ses plus proches collaborateurs dans les années 80 : compositions, arrangements, production… Le son du « Prince of Darkness », dans sa dernière et très faste période, a été largement façonné par ce musicien, qui n’a cessé depuis d’inventer de nouvelles musiques. De toute façon, dès que résonne sur scène le premier son de basse de Miller, le public tout entier est électrisé !

Autre époque de Miles évoquée dans ce Jazz à Juan : les admirables Sketches of Spain, ce charme hispanisant, ce spectre du flamenco qui s’infiltre dans cette musique toute nouvelle du début des années 60. Le trompettiste Erik Truffaz, dont le son rond et ouaté s’inscrit d’emblée dans l’héritage de Miles, explore ces climats avec le saxophoniste et chanteur Antonio Lizana pour livrer des New Sketches frissonnants, qui se souviennent du Concerto d’Aranjuez.

Quelques-unes des plus belles voix du jazz actuel seront également à Juan : Samara Joy, l’une des plus jolies découvertes récentes, née et élevée à New York, comme elle aime à le rappeller parfois. Elle s’inscrit dans le sillage des grandes divas, avec un timbre plein, à peine acidulé, qui allie le charme de la jeunesse et le souvenir de la tradition.

Autour de cette lignée royale, on entendra bien sûr des échos très divers de cette culture : China Moses, par exemple, qui tire la tradition vers des déhanchements contagieux, et fait bouger et danser les têtes et les jambes ; ou encore Keziah Jones, venu du Nigeria, qui est toujours parvenu à mêler les mémoires africaine et américaine en inventant le « blufunk », réimaginant le blues et le tordant grâce à des rythmes funk acérés. Ce même jour, les Fearless Flyers, constitués notamment de deux membres de l’excellent collectif Vulfpeck (Joe Dart et Cory Wong, qu’on avait pu voir à Juan en 2024), ouvriront la soirée.

Dhafer Youssef, à la voix élastique, rauque et suave à la fois, et au oud enivrant, apportera une autre touche au festival. Et, dans ce beau tournis géographique, on se laissera emmener par Goran Bregovic sur les traces des fanfares balkaniques qui courent sur les chemins les jours de mariage – et même les autres : rythmes impairs, cavalcades chaloupées, cuivres éclatants sortis d’instruments rieurs et parfois cabossés… toute une culture qui chemine parallèlement au jazz. Tandis qu’avec Thomas Dutronc et sa nouvelle production, se dessine pleinement le kaléidoscope que nous propose cette belle fête, qu’illuminera le feu d’artifice du 14 juillet. 

Enfin, comme chaque été, les Marching Bands sillonneront les rues, et les Jammin’Summer Sessions aligneront les concerts gratuits à la Petite Pinède, chaque jour dès 19h15, avec une programmation pointue d’artistes qui constituent le présent et le futur du jazz. L’intégralité de la programmation est à retrouver sur le site officiel du festival !

9 au 19 juil, La Pinède Gould & Petite Pinède, Antibes-Juan-les-Pins. Rens: jazzajuan.com

photo : Jazz à Juan 2025 © M.Igersheim – Office de Tourisme Antibes