22 Avr Faire corps avec la nature
Entre avril et juillet, la scène nationale Châteauvallon-Liberté déploie son Théma #52 sur le thème Sauvage Nature. Parmi les nombreuses propositions de cette traversée artistique sur les sentiers du vivant : Mordre de Giulia Dussolier et The Gathering de Joanne Leighton.
« Sommes-nous à côté du monde Sauvage, ou faisons-nous corps avec lui ?« , questionne la scène nationale Châteauvallon-Liberté. Avec ce 3e Théma de la saison, elle poursuit un travail de sensibilisation entrepris depuis son lancement, sous la direction de Charles Berling, qui fait notamment écho à l’événement, désormais annuel, que l’on retrouvera en juin : Passion Bleue. Car ici encore, il n’est plus question de contempler la nature comme un simple décor, mais bien de réapprendre à l’habiter et à la ressentir. Une proposition dont l’ambition est de retisser le lien entre l’humain et son environnement, qui tombe à pic, à l’heure où l’urgence écologique semble à mille lieues des préoccupations actuelles…
Aussi, la programmation est animée par une même idée : nous ne sommes pas extérieurs au monde sauvage, nous en sommes une variation. Pensé comme une « lisière » à franchir, ce Théma mêle donc comme à son habitude arts de la scène, cinéma et rencontres, pour interroger notre rapport au paysage, au corps… mais aussi à l’animalité.
L’animal en nous
À l’image de Mordre, spectacle de Giulia Dussollier, à la frontière du théâtre et de la danse, où elle se met en scène dans la peau d’une femme… qui « fait le chien » ! Formulé ainsi, ça peut prêter à sourire… Pourtant, la comédienne-danseuse franco-italienne utilise très sérieusement cette « démarche » pour sonder notre rapport à l’altérité et à l’éducation – ne distingue-t-on d’ailleurs pas le mot « ordre » dans « mordre », indique l’artiste ? L’idée est d’échanger les rôles, en explorant les comportements, les perceptions et les instincts canins : que se passe-t-il lorsqu’on accepte d’oublier sa posture humaine pour adopter celle d’un autre être vivant ?
« Mordre tente d’aller voir jusqu’où peut nous mener « l’enseignement » des chiens« , explique ainsi Giulia Dussollier, qui s’est adjoint les services de la dog traîneuse Aurélie Nuzillard pour cette création. Textes et chorégraphies dessinent dès lors une partition faite de boucles, de répétitions, de motifs d’entraînement, soutenue par une création sonore composée en direct par Thibault Lamy. Un ovni qui se veut une plongée sensorielle dans ce que les animaux réveillent en nous : cette part instinctive que la civilisation a polie sans jamais l’effacer totalement.
Réinventer le lien
Quelques jours plus tard suivra The Gathering de Joanne Leighton, qui vient clôturer une tétralogie entamée en 2015 avec 9000 pas, sur la notion de collectif. « The Gathering signifie se rassembler, non pas au sens de la manifestation, mais au sens de converger, se réunir. Il me semble essentiel, aujourd’hui plus que jamais, de revenir à cette notion d’être ensemble ; de renouer nos liens avec les autres, mais aussi à notre environnement, » explique la chorégraphe.
Ici, le plateau se transforme en forêt « vivante », un espace en mutation où dix danseuses et danseurs composent une communauté en mouvement perpétuel. Derrière eux, un mur végétal fabriqué en tissu habille la scène, « telle une fresque vivante« . Sublimée par des projections photographiques et vidéo, cette « installation plastique » module et transforme constamment l’espace dans lequel s’installe une sorte de rituel contemporain : gestes répétés, rythmes partagés… Une chorégraphie qui offre une vision du collectif où l’individu n’existe qu’en relation avec les autres – humains comme non-humains. Ici se trouve peut-être la réponse à la question initialement posée par ce Théma #52…
Un cycle qui verra se succéder, entre autres : David Wahl dans L’Homme-Poisson, entre théâtre et science, Éric Arnal-Burtschy dans la performance immersive Je suis une montagne, Jean-Claude Gallotta avec une reprise de sa création Ulysse, et en clôture le 22 juillet, dans le cadre du Festival d’été de Châteauvallon, la bien nommée Manière d’être vivant, pièce de théâtre philosophique de Clara Hédouin, d’après l’essai de Baptiste Morizot.
Mordre, 5 au 7 mai • The Gathering, 6 mai • L’Homme-Poisson, 27 au 29 mai • Je suis une montagne, 28 au 30 mai • Ulysse, 6 juin • Manière d’être vivant, 21 & 22 juil. Le Liberté, Toulon & Châteauvallon, Ollioules. Rens: chateauvallon-liberte.fr
photo : The Gathering © Patrick Berger