22 Avr Christophe Pinna : un uppercut d’humanité
Oubliez le stand-up et ses vannes chronométrées. Ici, le « seul en scène » retrouve sa noblesse de monologue intérieur, âpre et nécessaire. Sur les planches, un roc : Christophe Pinna, dans son spectacle Nouveau round (c’est tout sauf anecdotique). L’ex-champion du monde de karaté délaisse les tatamis pour affronter aujourd’hui un adversaire autrement plus coriace : le cancer. À l’heure des polémiques stériles qui divisent, ce cri de résistance rappelle l’urgence de la fraternité. Une leçon de vie, brute, loin de tout artifice, où l’homme se met à nu.
Dans un fracas de silence, sur scène Christophe Pinna raconte sa vie, dit la douleur et la fragilité d’exister. Connu des aficionados du karaté, il est une gloire de ce sport. Il a surtout réalisé un rêve d’enfant : être champion du monde « toutes catégories ». Issu d’une famille modeste, le chemin pour y parvenir n’a pas été facile : décès de sa mère d’un cancer alors qu’il avait 17 ans, puis décès de son père quelques années plus tard, en pleine ascension dans sa carrière sportive.
Combattre, gagner… puis douter
Christophe Pinna a été célébré, puis rejeté. Pourquoi, en France, n’a-t-on pas voulu reconnaître ce combattant à sa juste valeur ? Nul ne le sait. Et après ? Après, il a fallu arrêter quand le corps ne suivait plus. Alors, il entraîne des équipes nationales – Grèce, États-Unis – avec toujours une grande réussite. Mais, même après ces victoires, une lassitude s’installe. Plus de désir. Il traverse ce « trou d’air » que connaissent tous les sportifs professionnels de haut niveau lorsqu’ils arrêtent, mais aussi tous les créateurs après un film, une pièce de théâtre, une tournée, une exposition, un livre… Car quand le but final est atteint, il faut assumer le vide et savoir le combler.
Pour recommencer autrement, Christophe Pinna, sollicité par TF1, devient alors une personnalité télévisuelle : coach sportif pour des émissions comme Star Academy ou Miss France. Il est partout. Mais, une nouvelle fois, après avoir fait le tour, il se remet en question. Il choisit alors de parcourir le monde pour organiser des stages à destination des jeunes et leur faire découvrir sa passion : le karaté.
Enfin, il rentre à Nice, sa ville natale, et intègre la commission Nice 2018, ville candidate aux Jeux olympiques. En mars de la même année, il devient chargé de mission au cabinet du maire pour le développement du sport. En 2012, il crée le programme d’Activité Physique Adaptée Capacity Care destiné aux personnes âgées en situation de perte d’autonomie. À ce jour, ce programme est dispensé dans plus de 230 EHPAD en France et reconnu comme un moyen thérapeutique non médicamenteux.
Apprendre à lâcher prise
Tout ce récit est émaillé de multiples anecdotes qui lui permettent de partager aussi bien des moments de sa vie intime que les coulisses de ces événements, comme on le ferait entre amis ou en famille. Parce que Christophe Pinna, père de trois enfants, incarne aussi le partage, la bienveillance, la latinité, la famille et la simplicité.
Et là, un ennemi inattendu l’attendait : le cancer. Un combat dont il ne voulait pas. D’un coup, le seul en scène se transforme pour toucher chacun de nous au plus profond. Christophe explique simplement qu’il n’est alors plus question de combat. Tous ceux qui ont subi de longs traitements ou vivent avec une maladie chronique connaissent cela : la peur, la douleur, la sidération… Et là, étrangement, il n’y a plus de combat. Juste un « lâcher-prise » pour laisser le traitement agir, un abandon apparent qui ressemble à une désertion, mais qui mène, paradoxalement, à la rémission. Difficile à comprendre pour un combattant.
Mais il a ses mots, simples, d’une fraîcheur étonnante pour quelqu’un qui « en a vu » tout au long d’une vie incroyable. Seul en scène, Christophe Pinna devient ainsi un prisme de lecture de la fragilité de nos existences. Et loin d’être un vieux loup solitaire, endurci par les coups -ceux du karaté comme ceux du sort –, il a conservé une humilité et une humanité qui font du bien. Une leçon de vie exemplaire, un témoignage inspirant d’engagement social, de détermination, de persévérance et de dévouement au sport… et aux autres.
7 mai, Stockfish, Nice. Rens: etudiants.nice.fr
photo : © DR