22 Avr Au coeur du dessin
Diplômé de la Villa Arson, Jean-Philippe Roubaud – actuellement en résidence à la Drawing Factory 2 à Paris – a dévoilé Didascalie 9. Nature carbone au Metaxu à Toulon. Une exposition visible jusqu’au 16 mai.
Jean-Philippe Roubaud développe une pratique du dessin qui échappe à toute fonction préparatoire pour s’affirmer comme un territoire autonome, un mode de pensée. « Je suis dessinateur, un artiste d’art contemporain qui travaille la question du dessin« , précise-t-il – une position qui engage autant le médium qu’un rapport au monde. La poudre de graphite qu’il utilise, « carbone originel« , y joue un rôle central. À la fois matière et symbole, elle relie « ce qui compose le monde et ce qui permet de le représenter« . Trace, résidu, cette substance à la croisée de la nature et de la culture se pose sur le papier comme sur le mur.
Comment ne pas penser à L’Éloge de l’ombre, où l’écrivain japonais Jun’ichirō Tanizaki engage une pensée du surgissement, entre pénombre et nuances ? Le dessin de Roubaud s’inscrit en effet dans cette recherche : une profondeur qui ne se donne pas d’emblée, mais se construit dans ses retraits autant que dans ses apparitions.
Le titre même de l’exposition, Didascalie 9. Nature carbone, ouvre une autre ligne de lecture. La didascalie, au théâtre, désigne ce qui accompagne silencieusement l’action – indications de gestes, de lumières, de situations. Ici, elle devient principe opératoire : figures et paysages semblent régis par des instructions implicites, comme en suspens dans un espace où tout peut s’activer. En effet, les productions, de même que leur display, pensés « comme un organisme vivant« , déploient un champ de tensions où se croisent « paysages obscurs, réminiscences classiques en clair-obscur et projections d’utopies modernes. »
Les références artistiques affleurent par strates : du regard porté sur le paysage classique – mis à dis-tance par sa confrontation à l’espace frontal d’une grille géométrique – à la tradition de l’autoportrait, tel ce grand dessin aux accents caravagesques où l’artiste se représente à plusieurs reprises. Plus encore, son regard adressé au spectateur n’est pas sans rappeler celui de Sandro Botticelli dans L’Adoration des mages, où l’artiste nous invite à entrer dans la scène.
In fine, entre a fresco et croquis, le régime du dessin chez Jean-Philippe Roubaud est poussé jusqu’à son point de bascule : il emprunte à la peinture sans jamais s’y confondre, précisément parce qu’il « dépose là où la peinture recouvre. »
Jusqu’au 16 mai, Metaxu, Toulon. Rens. : metaxu.fr
photo : Vue de l’exposition de Jean-Philippe Roubaud au Metaxu © Virginie Sanna