[Vidéo] Le TNN reprend la barre

[Vidéo] Le TNN reprend la barre

Muriel Mayette-Holtz, directrice du Théâtre National de Nice, a déterminé sa stratégie de programmation en tenant compte de la gestion de la crise mise en place par notre gouvernement. Il est difficile de continuer à subir ce stop-and-go permanent, car il est impossible de gérer quand on ne connaît pas tous les paramètres de gestion… Aussi a-t-elle décidé de reprendre les rênes de son établissement en statuant sur son calendrier. Nous l’avons rencontrée.

Reprendre la gestion du temps était la base pour elle, car il est vrai que diriger, c’est prévoir… Elle opté pour une solution claire : elle redémarrera la saison en mars, et si les conditions sanitaires ne le permettent pas, les spectacles seront tout simplement annulés. Pas de reports. Les dates initialement prévues en début de saison seront toutefois données tout l’été, gratuitement en extérieur la journée et payant le soir. Ce qui est une très bonne surprise, puisqu’à cette période notre région est très pauvre en offre théâtrale.

Elle reprend ainsi le contrôle du temps, celui de son théâtre. Elle ne veut plus subir… Il est vrai que les changements perpétuels d’avis ont forcé tous les responsables de salles à renégocier tous les contrats plusieurs fois. Ces allers-retours sont aussi insupportables pour les compagnies que pour le TNN lui-même. Muriel est “cash” et nous sommes tout à fait d’accord avec elle : quelle est la place de la Culture dans notre pays ?

Deux expériences menées à Leipzig et à Barcelone, avec des organisateurs, des médecins et des experts, ont prouvé qu’une salle de spectacle qui respecte les gestes préventifs ne pouvait être un cluster, un foyer épidémique. Plus précise encore est l’étude modélisée de Dassault Industrie, qui va plus loin et prouve qu’une salle de spectacle normalement ventilée peut accueillir une salle pleine si les spectateurs mettent leur masque ajusté comme il le faut.

Les organisateurs et producteurs de spectacles sont des entrepreneurs comme les autres, ils ont besoin de pouvoir travailler à leur rythme. Ils gèrent des flux de public depuis l’antiquité et certainement mieux que les galeries marchandes et les centres commerciaux qui semblent avoir le “droit“ d’organiser des spectacles dans des lieux qui ne semblent pas adaptés à cela…

Classer les centres commerciaux comme indispensables et la Culture comme non-essentielle est un choix politique plus que discutable, car c’est le lien social qui fait nation. ET contrairement à ce que disent certains esprits obscurantistes, il n’y a pas d’identité collective ou nationale, il a une “culture républicaine” qui nous lie, que l’on appelle la citoyenneté. Nous qui nous vantons d’être le “pays des Lumières”, le pays de la Culture, ce qui nous a permis de rayonner dans le monde entier, voilà que ceux qui le dirigent la considèrent non essentielle.

Ce virus est un risque, c’est certain, mais la gestion de ce dernier implique des choix : ne serait-il pas plus simple de considérer que les grandes surfaces, qui ont toutes un service “drive”, voire de livraison, pourraient très bien fonctionner sans être obligé d’aller y croiser d’autres individus ou de toucher des marchandises potentiellement contaminées ? S’il y avait un risque à prendre, il semblerait plus humain de choisir les lieux de contact qui au moins nous rapporte quelque chose d’humain, qui maintient le lien social (c’est justement ça la culture !), de choisir des lieux dont c’est la mission. Notre vie ne peut être réduite à manger, travailler, faire “garder” nos enfants dans les écoles au lieu de les éduquer, consommer, et surtout n’avoir aucun échange humain. Les écrans qui auraient pu être des outils utiles pour créer du lien ne sont devenus que des outils de contrôle, de propagande et de marketing. Croire que l’art vivant filmé le remplacera est une hérésie. Car la représentation d’un objet n’est pas l’objet, le plan n’est pas le territoire. On ne joue pas de la même manière devant une caméra que devant un public.

Enfin, l’art vivant suppose que vous croisiez d’autres individus qui s’expriment, il provoque une situation qui interfère sur votre vie réelle. Cette réalité-là, ces liens-là, rien ne pourra les remplacer, ni un écran ni une conversation devant un rayon de grand magasin. Alors quand réfléchira-t-on autrement au risque sociétal de cette éviction de la Culture ? L’analyse actuelle de nos dirigeants ne souffrirait-elle pas d’un manque culturel ?

Tags: