07 Oct Dal Sasso salue Coltrane
À l’occasion du centenaire de la naissance de John Coltrane, Christophe Dal Sasso revisite Africa/Brass et A Love Supreme avec son Big Band, les 23 et 24 octobre au Théâtre Denis à Hyères, en ouverture de la saison 202-2027 de Jazz à Porquerolles.
Comme Miles Davis, John Coltrane est né en 1926. Un centenaire, donc, qu’on ne manque pas de célébrer depuis le début de l’année : les références, les hommages, les reprises se multiplient, comme si ce sésame était nécessaire pour susciter l’attention du public. Mais certaines initiatives sont plus ambitieuses que d’autres, à l’instar de celle de Christophe Dal Sasso. Ce musicien n’a jamais vraiment voulu faire une carrière de soliste, mais c’est un compositeur et surtout un arrangeur de talent qui s’est spécialisé dans le travail pour grand orchestre. Il a œuvré avec beaucoup d’entre eux, comme l’Orchestre symphonique de Dresde ou l’Harmonie du Havre. Mais surtout, il compose avec son propre big band, évolutif et ancien, pour lequel il écrit sur mesure de larges partitions. Revendiquant d’abord l’influence de l’immense Gil Evans, il s’en est peu à peu émancipé pour créer un style personnel dans ce créneau difficile et peu fréquenté. Un son de groupe reconnaissable, un climat aux formes caractéristiques et pleines de charme accompagnent ses créations. Et bien sûr, en 2026, il remet sur le métier son tribut à Coltrane et adapte ses arrangements à l’héritage de ce très illustre musicien.
Styliste, saxophoniste, et même flûtiste dans les derniers temps de sa vie, Coltrane a tellement révolutionné la musique que nul ne peut plus l’ignorer. Personne ne l’imite vraiment – il ne faut pas singer les géants – mais son mugissement hypnotique, son chant, sa transe et sa magie imprègnent encore tout le jazz d’aujourd’hui.
Alors, comment « revisiter » ces chefs-d’œuvre, puisque c’est le mot incontournable, comme si la reprise de musiques du passé s’apparentait à un genre de tourisme musical ? Christophe Dal Sasso s’y est déjà essayé avec bonheur. Le soliste génial ne se remplace pas, bien sûr, mais on peut s’inspirer de tout le climat qui l’entourait, puisqu’on a des disques magnifiques de ces deux répertoires : A Love Supreme et Africa/Brass. On peut tenter de recréer la ferveur de l’orchestre, entraîné par l’incandescence du leader, cette nouvelle façon de jouer ensemble, sans logique de pupitres, mais avec un nuage harmonique bourdonnant et qui, parfois, renoue avec les polyphonies intuitives de la Nouvelle-Orléans. Tout en laissant percer les improvisateurs d’aujourd’hui (Sophie Alour, David El-Malek) qui ont su digérer toutes les avancées du jazz depuis 60 ans, Dal Sasso, qui a déjà monté ce programme depuis plusieurs années, nous a bien montré qu’il savait faire du neuf avec du vieux. Mais du vieux qu’on peut réécouter, et qui n’a pas fini de nous émouvoir !
Du jazz toute l’année
Après ce double hommage à Coltrane, la saison Jazz à Porquerolles – qui n’est pas qu’un festival estival – se poursuivra avec le Duo Brady, le 21 novembre, puis Leïla Olivesi et son quintet, le 28, autour d’African Rhapsody. En 2027, Camille Bertault et son 5tet seront à Hyères le 6 février, suivis par la trompettiste anglo-bahreïnie Yazz Ahmed, le 26 mars. La chanteuse et violoncelliste Nesrine proposera ensuite son spectacle solo, le 16 avril. Enfin, le Département jazz du Conservatoire TPM investira le Théâtre Denis, le 13 mai, pour son concert-examen, gratuit. Un beau programme donc, qui croise écritures contemporaines, jazz vocal et musiques actuelles.
23 & 24 oct, Théâtre Denis, Hyères. Rens: jazzaporquerolles.com – hyeres.fr
photo : Dal Sasso Big Band © MamImage