Du classique en peignoir

Du classique en peignoir

Chilly Gonzales en rubrique Classik ? Et pourquoi pas ! Cet artiste iconoclaste présentera, le 18 octobre à Antibes, sa trilogie Solo Piano, fil rouge d’une carrière sinueuse où se croisent musique classique, jazz, rap, pop et électro. Un showman plein d’humour qui a l’habitude de se présenter sur scène sapé d’un peignoir sur le dos et de pantoufles aux pieds.

« En France, et ailleurs aussi, c’est compliqué d’être un artiste rigolo. C’est mal vu. Or ce sont les clowns tristes qui m’attirent surtout« , confie Jason Beck, alias Chilly Gonzales. Derrière ce personnage décalé se cache un musicien formé à la théorie classique et au jazz à l’Université McGill de Montréal (qui compte tout de même parmi ses anciens élèves 12 prix Nobel, 3 astronautes, 3 premiers ministres canadiens, 9 Oscars, 11 Grammy Awards, 3 prix Pulitzer…), fasciné par Bach autant que par le rap. Son arme ? Le piano et la dramaturgie. « S’il y a bien un truc que j’ai appris en donnant des centaines de concerts par an depuis 20 ans, c’est comment raconter une histoire qui peut contenir tous mes centres d’intérêts musicaux, du rap au piano solo en passant par la pop« , explique-t-il.

Après un début de carrière pop, il publie Solo Piano en 2005, premier opus d’une série de trois albums. Le concept, né d’un heureux hasard alors qu’il participait à l’enregistrement d’un album de Jane Birkin dans un studio parisien, séduit par sa simplicité et sa pureté. Inspiré par Satie et Bach (forcément), Gonzales y développe des mélodies tordues, entre influences « gnossiennes » et efficacité baroque. Le succès est relativement inattendu, et même Thomas Bangalter (Daft Punk) lui confiera que c’est « le seul album qui a pu endormir son nouveau-né » !

Tout au long de sa carrière, Gonzales a toujours choisi de ne pas choisir : au-delà de ses collaborations avec Drake, Feist, Jarvis Cocker, ou Daft Punk, il arrange aussi Ravel pour la violoniste Sarah Nemtanu et fait « groover » Chostakovitch lors d’improvisations live. « Contrairement à mon grand-père […] je ne fais pas de distinction de valeur« , déclarait-il au micro de France Inter, au sujet ses inspirations. 

Entre récital intimiste, dissection musicologique d’un tube de Billie Eilish et punchlines façon hip-hop, le programme de son concert à Antibes reste des plus imprévisible. « Comme dans mes autres concerts, il y aura tout Gonzales ! Pour moi, un concert, c’est une œuvre d’art. » Et c’est bien là tout son charme : un pianiste qui joue pour ceux qui n’écoutent pas forcément de musique classique, mais qui remplit les philharmonies du monde entier, vêtu d’un peignoir !

18 oct, Anthéa, Antibes. Rens: anthea-antibes.fr

photo : Chilly Gonzales © Alexandre Isard