L’avenir des microfermes, ou la possibilité d’un printemps arable

L’avenir des microfermes, ou la possibilité d’un printemps arable

Le 30 octobre prochain, Jean-Martin Fortier donnera une conférence à Mougins. La venue de cet expert mondialement reconnu du maraîchage bio-intensif, organisée par la Chambre d’agriculture des Alpes-Maritimes, est un véritable événement pour toute la filière. Elle fait sens sur notre territoire au foncier agricole rare et fragmenté.

C’est le grand événement maraîcher dans les Alpes-Maritimes : une conférence et une masterclass de Jean-Martin Fortier fin octobre à Mougins. Une première pour cet expert du maraîchage bio-intensif. Non pas son séjour dans notre département. Encore moins sa venue en France. Non, pour cette personnalité devenue une référence du maraîchage, ce qui est une première, c’est une intervention organisée par une chambre d’agriculture. En l’occurrence, celle des Alpes-Maritimes. Pourquoi un tel intérêt accordé à cette méthode dite du bio-intensif ?

Briser le mythe de l’improductivité en bio

Depuis une vingtaine d’années, le maraîchage bio-intensif s’est imposé comme une méthode séduisante pour de nombreux producteurs cherchant à conjuguer viabilité économique, respect du vivant et optimisation des petites surfaces. Ce dernier critère pèse de tout son poids dans les Alpes-Maritimes comme dans le Var – la Chambre d’agriculture du Var est partenaire de l’événement. Dans le département maralpin, la surface moyenne d’une exploitation maraîchère est inférieure à l’hectare (0,8 ha environ). À quelque chose malheur est bon : si la pression foncière y a réduit le foncier agricole comme peau de chagrin, ces surfaces très modestes autorisent des méthodes alternatives. Et rentables. Car c’est ce mythe de l’improductivité des cultures biologiques que le concept a démenti depuis longtemps.

Sur les terres des Alpes-Maritimes comme sur celles du Var, cette possibilité trouve un écho particulier : des territoires marqués par un foncier rare, coûteux et fragmenté.

Faible technologie, respect des sols, haut rendement. Telle est la promesse de cette méthode à l’appellation volontiers provocatrice. Pour beaucoup, « bio-intensif » est un véritable oxymore ! Dans son ouvrage Le jardinier-maraîcher (Écosociété), Jean-Martin Fortier revient sur la genèse de cette méthode : « Le terme « bio-intensive » fait communément référence à une méthode horticole qui cherche à maximiser le rendement d’une surface en culture avec le souci de conserver, voire d’améliorer, la qualité des sols. Prenant racine dans l’expérience des maraîchers français du XIXe siècle et dans la biodynamie créée par Rudolf Steiner, elle fut mise au point en Californie du Nord à partir des années 1960. »

Cette fameuse méthode qui nourrissait les Parisiens de la IIIe République est la méthode Moreau-Daverne. L’ouvrage de référence, écrit en 1845, ne mentionne pas moins de 1800 jardiniers-maraîchers produisant sur 1378 hectares. Cette « french method » est enseignée avec l’appellation d’origine sur notre territoire, sur les terres alluviales de la basse vallée de la Siagne : l’Institut Moreau-Daverne, créé par Christian Carnavalet en 2018. Du reste, un grand nombre de maraîchers maralpins et varois appliquent depuis longtemps les principes du bio-intensif, selon un niveau d’appropriation différent. Un couple de jeunes maraîchers formés au bio-intensif a été embauché par la ville de Mougins sur sa ferme en régie. Celle-ci est partenaire de cet événement, et c’est sur sa ferme communale que se tiendra aussi une masterclass de Jean-Martin Fortier, coanimée avec Baptiste Saulnier (Cultive).

Ce qu’on appelle le « bio-intensif » n’est pas une méthode standardisée, mais une manière de concevoir le maraîchage qui cherche à maximiser la production sur de petites surfaces tout en maintenant, voire en améliorant, la fertilité des sols. Dans l’approche popularisée par Jean-Martin Fortier, la planification constitue un pilier central. Chaque culture est pensée selon un calendrier précis afin d’optimiser l’occupation du sol tout au long de l’année et de limiter les temps morts.

Catalyseur d’une éducation agricole renouvelée

Salué pour son travail sur les fermes maraîchères à taille humaine, Jean-Martin Fortier a largement contribué à populariser l’idée qu’une petite surface bien pensée pouvait devenir à la fois productive, rentable et durable. Depuis plus de 20 ans, il est à l’avant-garde du mouvement international pour une agriculture à échelle humaine, écologique et viable. Ses formations ont accompagné plus de 10000 maraîchers et maraîchères dans plus de 90 pays.

Outre la Chambre d’agriculture du Var et la Ville de Mougins, sont également partenaires : le Crédit Agricole Provence Côte d’Azur, le Campus Vert d’Azur, le GADSECA, Cultive et la librairie Les Journées Suspendues.

Pour rappel, la tension actuelle sur l’agriculture de notre territoire n’est pas seulement liée à la pression urbaine, mais elle découle aussi d’une véritable crise de vocation. Puisse cette conférence inspirer éventuellement celles et ceux qui hésitent à sauter le pas. Vivre avec moins d’un hectare, est-ce possible ? Réponse de Jean-Martin Fortier dans Le jardinier-maraîcher : « Pour ceux et celles qui désirent vivre autrement, tout en cherchant un mode de vie alternatif, je pense qu’il est important de préciser qu’il est non seulement possible d’en vivre, mais aussi de bien en vivre.« 

30 oct, Scène55, Mougins. Rens: conferencejeanmartinfortier.chambre-agriculture06.fr (accès direct via le QR code ci-dessous)

photo : Jean Martin Fortier © Institut Jardinier-Maraîchier

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