07 Oct MJC Picaud : revenir à l’esprit originel
Après avoir survolé une zone de turbulences, marquée par des difficultés financières, la MJC Picaud entend renouer avec son projet d’origine. À Cannes, la structure veut remettre la jeunesse, l’éducation populaire et la pratique culturelle au centre, sans pour autant renoncer à son activité musicale. Une manière de rappeler qu’une MJC est un lieu où l’on se rencontre et où l’on construit ensemble.
Elles sont plus d’un millier aujourd’hui en France et accueillent chaque année 3,5 millions de personnes, mais leur modèle reste fragile. Héritières du mouvement d’éducation populaire développé après la Libération, les Maisons des jeunes et de la culture (MJC) permettent aux jeunes – mais pas seulement – de se retrouver, de découvrir des activités et des spectacles, bref, de grandir et devenir citoyens, en dehors du milieu scolaire et du cercle familial. Elles portent dans leur nom même une certaine idée de la culture : « C’est l’éducation populaire, ce sont des valeurs, des échanges, du partage, du respect. C’est l’accès à la culture pour toutes et tous« , explique Sylvie Larosa, aujourd’hui coordinatrice générale de la MJC Picaud, et présente au sein de la structure cannoise depuis trois décennies.
Si l’histoire de la MJC Picaud remonte à 1946, c’est en 1963 qu’elle s’installe dans ses locaux actuels et rejoint officiellement la Fédération française des MJC. À cette époque, son objectif était déjà clairement formulé : « Être un lieu de rencontres et d’échanges amicaux, entre tous les jeunes, sans distinction« . C’est à cette utopie concrète – faire de la culture un outil de lien et d’émancipation – que la structure souhaite aujourd’hui se reconnecter.
Retrouver un nom, un projet
Sous l’impulsion de Sylvie Larosa, la structure a d’ailleurs fait voter en assemblée générale le retour à l’appellation MJC Picaud, abandonnant le nom C’Picaud utilisé ces dernières années. L’enjeu est surtout de réaffirmer l’identité d’un projet pour lequel les valeurs de l’éducation populaire doivent, selon elle, redevenir un fil conducteur. La convention passée avec la Ville constitue à cet égard une feuille de route précise : 80 % de l’activité consacrés à la jeunesse, 20 % à la musique.
Le secteur jeunesse constitue donc le chantier prioritaire. Des animateurs ont été recrutés et les actions avec les jeunes reprennent progressivement. De même, la MJC entend notamment relancer les masterclasses avec les lycéens et développer l’accompagnement au studio d’enregistrement.
Cette réorientation du projet se traduit aussi dans la manière de travailler. « Il faut que chacun puisse amener sa griffe« , explique Sylvie Larosa à propos des associations partenaires qui conçoivent avec elle la programmation des concerts. L’idée étant de laisser une réelle liberté dans la construction des rendez-vous.
Une programmation musicale repensée
Car la musique demeure tout de même un pilier de Picaud pour le grand public. Nombre d’entre nous conservent des souvenirs musicaux, moites et bruyants, de soirées passées dans cette bâtisse située à quelques encablures de la vieille ville ! La programmation est désormais pensée à l’année, et non plus au trimestre, avec un calendrier déjà largement élaboré jusqu’en 2027 – publié très prochainement en intégralité. Le jazz revient notamment chaque deuxième mercredi du mois sous la houlette de l’association Jazz Voice, tandis que la web radio L’Oreille Qui Gratte accompagne la programmation rock, métal et punk.
D’ailleurs, dès le 11 octobre, Picaud accueillera l’un des chefs de file du métal alternatif hexagonal, précédé en 1e partie par Hippotraktor. Originaire de Montpellier, Hypno5e imprime sa marque de fabrique depuis plus de 20 ans, pratiquant un genre qu’il qualifie lui-même de métal cinématique : en gros, vous prenez des riffs bien lourds alternant avec des passages atmosphériques, des textes chantés/hurlés en français, anglais et espagnol, vous saupoudrez ça de paroles tirées d’un film de Godard ou d’un livre de Camus, et vous ajoutez sur scène des vidéos bien psychés !
Et la suite de la programmation confirme la diversité recherchée, mêlant artistes reconnus et talents locaux : metal à nouveau, mais à tendance urbaine, avec Rising All Star et Freehowling (7 nov), punk avec The Spitters et Supreme Nightclub (14 nov), jazz avec Herbillevans Trio pour un hommage à Bill Evans (16 oct) ou le Franck Amsallem Trio (11 nov), rap avec Le Niz et Sadras Alpha (20 nov), mais aussi ciné-concert autour de Dust & Rust, road trip dans le désert filmé en 2011, en compagnie du groupe Yard Of Blondes (4 déc).
Un nouveau site, adapté aux mobiles et aux tablettes, accompagne cette réorganisation qui permet désormais de consulter la programmation et de réserver en ligne.
Rens: mjcpicaud.fr
photo : Sylvie Larosa, au centre, et l’équipe de la MJC Picaud © DR