Gershwin enchante Monaco

Gershwin enchante Monaco

Ouverture de saison flamboyante en novembre à l’Opéra de Monte-Carlo. Sur le thème des amours impossibles, la nouvelle production de Porgy and Bess, souvent considéré comme « le plus grand opéra américain », devrait faire événement. La diversité est le maître mot de cette saison conçue par sa célèbre directrice artistique, Cecilia Bartoli.

Sa voix est décrite par un grand média allemand comme « d’une euphonie intense et irrésistible« . Le ténor américano-chilien Jonathan Tetelman, nouvelle star montante des scènes lyriques, ouvre la saison et explorera les multiples visages de l’amour, de l’Italie à la France, jusqu’aux accents de l’Amérique latine, dans la salle Garnier, le 7 novembre.

Mais le grand événement de cet automne suivra avec une nouvelle production : Porgy and Bess entre en effet pour la première fois dans l’histoire de l’Opéra de Monte-Carlo. Une œuvre de George Gershwin que le compositeur qualifiait lui-même d’opéra « populaire », mêlant avec une liberté inédite opéra européen traditionnel, jazz, blues, gospel et spirituals afro-américains. Composé en 1935, en pleine période de ségrégation raciale, particulièrement aiguë dans les États du Sud, Porgy and Bess ose montrer au grand jour la réalité sociale d’une communauté afro-américaine confrontée à la pauvreté, à la marginalité et à la violence, à travers l’histoire d’amour impossible de Porgy (Michael Sumuel), mendiant infirme des bas-fonds de Charleston, qui tente de sauver Bess (Brittany Olivia Logan) de l’emprise de Crown, son ancien amant (Bongani Kubheka), et du dealer Sportin’ Life (Chauncey Packer), aussi séduisant que démoniaque.

« Un immense choc esthétique et visuel »

Gershwin voulait que les rôles soient exclusivement interprétés par des chanteurs noirs, une volonté respectée à Monaco, marquant ainsi une page historique de la scène lyrique. Voir cette fresque vibrante, traversée par les souffles enivrants du jazz, le magnétisme intemporel de Summertime et la tragédie bouleversante de ses amants, revêtira une saveur toute particulière sous le regard du metteur en scène Jean-Louis Grinda : « Il faut aller « à l’os » de l’histoire, où pauvreté, sexe, drogue se conjuguent en opposition avec le grand espoir qui traverse l’œuvre (…) Je voudrais que Monaco comprenne instantanément l’immense choc esthétique et visuel que fut Porgy and Bess à sa création. Bien sûr, tout le monde connaît Gershwin ou bien s’en fait une idée généralement positive. Le drame en musique est pourtant loin des chansons qui ont fait son succès mondial (…) C’est bien un opéra dont il s’agit !« 

L’inventivité de son orchestration, la force de ses chœurs, assurés par le Chœur de l’Opéra de Cape Town, et l’intensité dramatique de ses airs de solistes inscrivent directement cette œuvre dans l’héritage des courants impressionniste et vériste européens. La mise en scène de ce chef-d’œuvre de Gershwin promet d’être un sommet d’humanité et de théâtralité, dans l’esprit voulu par le compositeur.

L’émotion du chant choral se retrouvera dans le concert Cape Town Heritage Horizons, à nouveau avec l’ensemble vocal sud-africains, l’un des plus remarquables au monde. Un moment de communion musicale pour célébrer la richesse de la tradition chorale sud-africaine, pratique vivante et collective, porteuse d’histoire, de langues et d’expériences partagées, tout en continuant d’évoluer au gré de la création contemporaine.

Jonathan Teleman, 7 nov • Porgy & Bess, 15 > 21 nov • Carmen, 20 nov • Cape Town Heritage Horizons, 22 nov. Opéra de Monte-Carlo, Monaco. Rens: opera.mc

photo : Opéra de Monte-Carlo ©Joan Bracco