07 Oct Le refus
Ce corbeau en couverture nous a été inspiré par le visuel de l’édition 2026 du Festival du Polar de Saint-Laurent-du-Var. Mais il nous rappelle aussi un poème d’Edgar Allan Poe : Le Corbeau. Car, comme dans ce texte, un beau matin, on se lève et on ne supporte plus l’environnement toxique de l’instant. On se dit : « Jamais plus » ! Je n’accepterai jamais plus les guerres, les tueries, la violence. Jamais plus les mensonges, les fake news, les manipulations, les insultes, la haine. Jamais plus l’égoïsme, l’injustice, la cupidité et la violence. Jamais plus une Mère Nature dépouillée, flétrie, brûlée, empoisonnée.
Dès que l’on se « connecte » aux réseaux, à la radio, à la TV, à la presse, à la rue. Le jamais plus s’amplifie. On a l’impression que jamais plus nous n’aurons droit à la fraîcheur des arbres, au chant des oiseaux, à la paix, à la liberté, à la vérité… Cette chape de plomb qui tombe peu à peu sur nous semble nous signifier que jamais plus nous ne pourrons revenir à plus d’humanité, à plus de « vivant », car les machines vont nous remplacer, que jamais plus nous ne reviendrons à un monde de solidarité, d’empathie, et de liberté.
« Jamais plus » devient alors une source de révolte. Ainsi jamais plus nous ne ferons confiance aux tribuns qui promettent et ne font pas, aux experts en technologie qui jouent aux apprentis sorciers, aux oiseaux de mauvais augure qui voient insécurité et danger dans l’altérité et dans la différence. Jamais plus nous n’autoriserons l’extermination d’humains et d’êtres vivants. Jamais plus nous n’accepterons le monde à deux vitesses : où une poignée possède tout abandonnant la multitude dans le dénuement et la souffrance. Jamais plus nous ne laisserons les « marchands du Temple » diriger les cités. Jamais plus nous n’autoriserons la réécriture de l’Histoire. Jamais plus nous n’autoriserons la censure, les appels à la haine, ces discours qui comme une vague de boue ont semé confusion et terreur. Jamais plus nous n’autoriserons que l’on détruise nos libertés fondamentales.
Est-ce un rêve ou plutôt un cauchemar ? Est-ce réel ? Difficile de trancher dans ce monde où le soi-disant progrès technologique est devenu l’outil principal du mensonge et de la manipulation. Notre avenir prend des airs d’Halloween, où une soirée durant les jeunes gens jouent à se faire peur. L’ennui c’est que ce jeu macabre est devenu notre quotidien. Alors jour et nuit, les informations, vraies, fausses, approximatives nous inondent et nous rappellent Night and Day, cette chanson, ce poème de Léo Ferré (voir encadré ci-dessous). Immuable, perpétuel, ce flux, qui devrait nous permettre de nous situer, ne fait que nous perdre, nous noyer, dans un océan de terreur et de tristesse. Pourtant il y a d’autres possibilités pour sortir de cette noirceur : résister, en renforçant nos liens d’amitiés et d’amour, garder l’espoir, et mieux encore, le désir… de liberté, de fraternité et d’équité. Car l’isolement, le stress et la confusion que génère cette nouvelle société ne peuvent être des paramètres acceptables. Cette autorité qui s’installe par la peur et la répression est en fait très fragile. Pour exister, elle a besoin de nous. Alors il faut choisir et arrêter de prendre des « faux-fuyants »… L’autorité est violente, elle ne sait plus débattre, elle ne le peut plus en fait, tant son action est par trop verticalisée et subie par la population. Le civisme n’est pas « obéir », c’est décider ensemble et respecter cette décision en République.
La dialectique sécuritaire, au nom de l’ordre public, au nom de la lutte contre le terrorisme, au nom de la sécurité sanitaire a interdit depuis quelques années les réunions publiques, censuré parfois les spectacles… Mais voilà qu’à présent on annule des manifestations culturelles car elles sont « trop politiques”, pas assez culturelles. Les censeurs ne se cachent même plus. Il ne peut y avoir antinomie entre ces deux termes en République. Car cette dernière est une culture qui nous lie et qui devrait être la base de toute action politique. La France est le « Pays des Lumières », c’est sa Culture qui a fait sa force politique et sa grandeur. Et la Culture ne se limite pas au patrimoine, elle est doit rester vivante et libre pour qu’existe la démocratie.
Vous aurez beau nous faire peur, nous ne lâcherons jamais notre quête, notre créativité, notre empathie, et nous continuerons à créer quoique vous inventiez pour nous opprimer. Qu’on se le dise !
Alors ce corbeau, malgré sa noirceur n’est pas symbole de morbidité mais de refus, car depuis Edgar Allan Poe, qu’ils soient poètes ou punks, dépressifs ou insolents, les Baudelaire, Mallarmé, et autres Stranglers, ont utilisé ce symbole comme celui d’un résistant, du refus, car son nom est Never More (Jamais Plus). Parce que depuis la nuit des temps, nous savons à quoi mène une société où la loi du plus fort ou du plus riche règne. Il ne faut JAMAIS PLUS que cela se passe !
(…) Night and day
Ça tape ça tape ça tape
Ça crie ça crie ça crie
Ça tape ça crie ça gueule
Et puis ça rotative
Et l’encre se déloque à la gueule des gens
Le sperme des nouvelles se met du noir aux yeux
Des nouvelles sensas et super et mon cul
À vous donner l’idée de retourner vers les oiseaux
Night and day (…)
Dans Night and Day de Léo Ferré, sur l’album Amour Anarchie (1970)