Une autre idée du football

Une autre idée du football

Quand on vous dit que le football est un objet éminemment culturel, voire politique, en voici un nouvel exemple ! Théo Askolovitch a créé Nous le Red Star, spectacle autour du mythique club de Saint-Ouen, à mi-chemin entre récit intime et parole documentaire, à découvrir à Draguignan et Grasse en décembre.

Pour les allergiques au ballon rond, sachez que le Red Star c’est un peu l’antithèse du football business. Club historique, l’un des plus anciens en France, fondé en 1897 (deux ans avant l’OM, ce n’est pas rien !), il cultive une mémoire ouvrière et un fort attachement du public à cette identité populaire et à son stade Bauer, à l’ancienne, avec des tribunes très proches du terrain. Associé à l’histoire de la « banlieue rouge » en Seine-Saint-Denis, ses supporters ont toujours défendu des valeurs antifascistes et antiracistes, choses malheureusement rares dans la culture « ultra »… Évoluant aujourd’hui en Ligue 2, « L’Etoile Rouge » continue d’incarner une autre idée du foot tout en essayant de la concilier avec les exigences du sport professionnel, et reste plus que jamais ancré dans la vie de la cité. 

Un club singulier donc, que Théo Askolovitch, comédien, auteur, metteur en scène et réalisateur développant une écriture où l’intime se mêle à la fiction pour faire surgir une parole brute et traversée d’humour, a découvert très jeune, en compagnie de son père, le journaliste Claude Askolovitch – lui-même « initié » par son paternel. Il a rassemblé autour de lui une communauté d’acteurs, dont Ariane Ascaride, qui interprètent chacun des personnages différents et expliquent comment ils vivent « leur » Red Star. Parmi eux, Sylvie qui le vit au quotidien depuis son balcon donnant une vue directe sur le stade, ou Marie Lou, jeune fille qui veut faire du foot et cherche sa place dans ce milieu très masculin… Il y a aussi un hommage à Rino Della Negra : joueur du club et résistant fusillé en 1944 par les nazis – tout comme le Docteur Bauer, qui a donné son nom au stade – occupant encore une place importante dans les mémoires audoniennes. « Son profil est sur nos drapeaux. Nous sommes des fans antifascistes, que veille un footeux qui combattait les nazis. Évidemment, nos drapeaux. Quiconque suit le football sait que nos amours sont sincères, même aux airs de parodie« , souligne Théo Askolovitch. Autant de raisons qui font que « le Red Star est devenu le club populaire, le club de banlieue, le club des prolos, le club du Parti, le club des ouvriers et des luttes et de ceux qui rêvent aujourd’hui aux révolutions.« 

Bref, c’est un peu tout ça, et bien plus encore, que raconte ce spectacle. Qu’est-ce que le Red Star dit de la ville de Saint-Ouen, de ses habitants, de ses mythes et de ses contradictions — et surtout de l’identité et de l’héritage de chacun ? Une histoire de transmission, à la fois individuelle et collective.

6 déc, Théâtre de l’Esplanade, Draguignan. Rens: theatresendracenie.com
12 déc, Théâtre de Grasse. Rens: theatredegrasse.com

photo : visuel illustration (vue sur le Stade Bauer) Nous le Red Star © Jeanne Frank

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