07 Oct Arpentant les monstres pentes
À La Station, l’exposition monographique de Camille Llobet rend compte d’un travail d’expérimentations engagé il y a quelques années en haute montagne, avec l’expertise sensible de ceux qui y vivent, y travaillent et l’étudient : Monstre Pente, un ensemble d’installations sonores, vidéos, photographiques et graphiques à voir et à entendre jusqu’au 28 novembre.
Camille Llobet aime dire que ses recherches prennent racine grâce à des rencontres. Dans le développement de ses réalisations, cette accroche aux autres est vivace et la montagne même est un personnage, souvent saisi à l’image en plans rapprochés, qu’elle parvient à nous faire entendre jusque dans ses failles-entrailles. Dans ses films, c’est le son qui interpelle d’abord : souffles d’humains en randonnées ardues, craquements de glace, neige écrasée sous leurs pas, vent engouffré ou rasant la neige soulevée… Une immersion forte accentuée par des prises de son binaurales, au moyen de deux micros, comme nos oreilles, qui permettent à l’écoute d’appréhender mentalement le parcours du son.
L’artiste savoyarde reprend les protocoles de prises de vue et de son qu’elle a mis en place en studio pour ses précédentes séries et transpose cette expertise au cœur de la montagne qu’on dit si souvent muette et immobile. Et pourtant… Arpenteurs de pentes qu’elle filme comme des danseurs à l’équilibre incertain et géomorphologues sentent la roche, l’analysent à l’œil et au toucher, l’écoutent et la sondent alors que l’accélération de la fonte des glaces et des écroulements rocheux nous la fait voir, dans notre si bref temps d’humain, se transformer brutalement.
Matutinalement et au coucher du soleil, les seules heures de répit laissées à ce massif du Mont-Blanc devenu une zone industrielle touristique, Camille Llobet documente, recueille les témoignages oraux et écrits. Outre ses films et prises de son à écouter au casque, elle restitue des notes de pisteur en carte très grand format, et nous déplace, par des diptyques d’images grandioses de roches, au cœur de la montagne avec une rigueur et une sensibilité, monstres.
Jusqu’au 28 nov, La Station, Nice. Rens: lastation.org • Pacheû, long-métrage de l’artiste à voir sur on-tenk.com
visuel: Glacière, 2025 © Camille Llobet