09 Sep Prenez le(s) chemin(s) de La Traverse
Siroter une boisson bio, déguster des produits locaux, profiter d’un concert, suivre un atelier, admirer le coucher de soleil sur les Baous, le tout dans un jardin, entre amis ou en famille ? Oui, ce lieu existe, au cœur de Vence, au 269 avenue Alphonse Toreille. Rencontre avec l’un des fondateurs du café cutlurel La Traverse, Thibaut Courbis.
Co-fondateur de l’association La Traverse, quel est votre parcours ?
Je suis éducateur spécialisé de formation. Après le BAFA (Brevet d’aptitude aux fonctions d’animateur) et un parcours en CEMÉA (ndlr: centres d’entraînement aux méthodes d’éducation active, association française d’éducation populaire, organisme de formation et mouvement d’éducation nouvelle), j’ai exercé pendant plus de vingt ans en tant que permanent pédagogique et formateur, chargé notamment des pratiques culturelles au festival d’Avignon. J’ai accueilli des jeunes lycéens durant des séjours culturels et des ateliers de sensibilisation au spectacle. Nous avons ainsi pu rencontrer des artistes, construire une démarche artistique, voir, recevoir et exprimer des choses à partir des spectacles, et enfin rencontrer le public.
Comment définissez-vous votre projet ?
Selon notre définition : « L’association vise à être un lieu d’accueil et de rencontres de tous les publics par la pratique d’activités et d’évènements à dimensions pédagogiques, éducatives, culturelles et artistiques. Ce projet s’inscrit dans une démarche d’éducation populaire, avec pour objectif commun de proposer un espace de brassages multiples : sociaux, culturels et intergénérationnels.«
La philosophie de La Traverse, c’est donc de proposer un lieu gratuit, sans inscription. Comme nous sommes une association, nous avons des adhérents, et nous avons aussi des donateurs. Et nous vivons des consommations et de la petite restauration. L’objectif pour nous est de lever tous les freins possibles afin que chacun s’y retrouve.
Le nom, La Traverse, symbolise-t-il votre projet ?
Je voulais trouver un nom porteur, qui parle au public. Je me suis inspiré du livre d’Alain Damasio, Les Furtifs, dans lequel on trouve l’idée des chemins de traverse, de prendre des voies différentes. Nous souhaitions justement créer un lieu différent, quelle que soit la personne et quel que soit son âge, des bébés aux seniors, un lieu pensé pour tous, qui respecte la mobilité et les rythmes de chacun.
Parlez-nous de la naissance de La Traverse ?
Il nous fallait trouver un lieu, permanent, culturel, qui suscite la rencontre, le partage, qui crée du lien, propice au déroulement d’activités. Trop souvent les lieux ne sont pas pensés pour les enfants ou à l’inverse pas pour les adultes. Et l’idée du café est venue aussi en s’interrogeant sur ce qui pousse les gens spontanément à venir dans un lieu ? Boire un (bon) verre et manger un (bon) morceau !
Comment avez-vous trouvé cet endroit, bourré de charme et aux multiples possibilités (une maison du XIXe siècle, avec des restanques douces et une vue sur les quatre Baous, Baous des Blancs, Baous des Noirs, Baou de Saint-Jeannet et Baou de La Gaude) ?
Durant des mois, nous avons entrepris des recherches à Nice. Nous voulions aussi combiner lieu artistique et vie familiale, avec espaces séparés, pas trop excentré. Nous sommes finalement tombés sur cette maison à Vence, en vente depuis deux ans. Vence était le compromis idéal. J’aime cette ville, je la connais bien grâce à des amis qui y vivent. C’est une cité familiale, avec de jeunes enfants, sans lieu de ce type. Les propriétaires ne voulaient pas vendre à des promoteurs ou à des particuliers, sans idées, à part rajouter une piscine. Nous, nous arrivions avec une autre perspective, un vrai projet d’en faire une maison familiale et de créer un lieu culturel et populaire. Ça tombait dans le millen car la petite-fille des propriétaires et sa bande d’amis sont des artistes (ndlr: Leïla Chaix, artiste, poète, animatrice, auteure de livres, Jérémy Chaix et le groupe Mademoiselle Jones). Nous n’avions pas le budget mais le projet a été accepté.
Avez-vous beaucoup transformé l’endroit ?
C’est une maison chargée d’histoire. Quatre générations de Vençois y ont vécu. Mais afin de pouvoir concrétiser notre idée, et tout remettre aux normes, il a fallu deux ans de rénovation. De l’avis général, le lieu est très convivial, ouvert à toutes les générations, aux animaux aussi ! Dans l’esprit d’une maison de famille, d’amis ou de vacances.
L’inclusivité est le maître mot. Nous avons imaginé les espaces pour que tout le monde s’y sente bien : les tout-petits, les adolescents, les adultes. Les cafés traditionnels ne sont pas toujours adaptés aux enfants, mais ici, ils ont toute leur place. Nous avons aménagé un espace permanent spécialement pour eux.
Le site influe-t-il sur les événements artistiques qui s’y déroulent ?
L’une de mes missions, c’est la programmation culturelle. Notre public est force de proposition. Soit les gens ont des demandes, soit ils ont l’expérience. Nous choisissons surtout des gens qui créent, qui composent, même si on accepte les reprises. Nous voulons être un tremplin, un terrain d’expérimentations artistiques. Comme nous l’avons écrit : « On vise à être un lieu pour tâtonner, s’essayer pour la première fois, tester une forme puis une autre, un lieu où il est possible de trébucher joyeusement. Un lieu aussi pour confirmer, un lieu pour rencontrer un public, peut-être pour la première fois. Des spectacles qui n’enfoncent ni les clous, ni les portes ouvertes. Plutôt des spectacles qui entrouvrent celles qui résistent. »
Notre programme se construit avec les gens, tout est donc modulable.
Vous proposez également des ateliers parentalité ainsi que d’autres activités ?
Le samedi matin ou en fin d’après-midi, se déroule un « accompagnement parentalité », avec un professionnel ou un encadrant qui se propose d’animer un atelier parent-enfant. Il s’agit d’un moment à vivre avec son enfant ; ce n’est surtout pas une garderie ! L’atelier parentalité débute à partir d’un questionnement, d’une problématique. C’est un espace, pas une messe. Les savoirs circulent. Ceux de l’expérience parentale, ceux du professionnel ou encadrant présent. Entendre ce que d’autres font a tout autant de poids que la parole du professionnel : comment les familles se dépatouillent avec leur parentalité, leurs questions, leurs doutes, leurs coups de cœur et leurs coups de sang. Le professionnel aide à problématiser et à comprendre. Pour les participants, ça suppose de repartir avec de nouvelles questions, un début de réponse, des choses à tenter. Il n’y a pas de recettes toutes faites à délivrer. La parentalité et l’éducation sont bien trop encombrées de notices, protocoles, marche à suivre, modes d’emploi et réponses génériques !
Le jeudi est dédié aux soirées, à partir de 16h. Par exemple, soirées jeux de société, blind test musical, ou soirées animées autour d’un événement.
Le vendredi soir est réservé aux groupes de musique live ou aux spectacles de théâtre. Quant au samedi, en plus des ateliers parentalité, place au spectacle, soirée dansante ou slam par exemple.
L’esprit du lieu se reflète aussi dans ce que vous proposez de consommer dans la maison ou le jardin ?
Oui, le bio et le végétarien sont privilégiés. Même si les coûts sont plus élevés, nous essayons de garder des prix accessibles. Pour être un espace social et culturel complet selon nous, il faut mettre à l’honneur des produits locaux et donc des producteurs et artisans locaux. Comme ces panisses de l’artisan DAQI ou ces bières comme celles d’À la fût.
Vous existez depuis deux ans. Quel bilan tirez-vous ?
Ce qui est extrêmement positif, c’est le nombre de nos adhérents. Nous en avons désormais 800. Ensuite, ce sont les fréquentations, les retours du public, et comment les gens s’approprient l’endroit… Par exemple, les enfants trouvent tout de suite leurs repères, tel qu’on l’avait imaginés. Nous devons trouver des bénévoles, pour la restauration et le bar, parties cruciales de notre activité, mais aussi pour entretenir le jardin et la maison (x mètres carrés de jardin notamment). Et trouver des ressources financières. Heureusement, de plus en plus de gens s’engagent à nos côtés.
Quels sont vos envies et projets pour cette nouvelle année ?
La réouverture a lieu le jeudi 10 septembre. Notre conseil d’administration se tient, lui, en octobre. Nous allons peut-être nous tourner vers de nouvelles formes d’animation, comme des festivals, de 3 ou 4 jours, avec une thématique, et la programmation artistique autour. Guettez notre site et les réseaux sociaux !
Ouverture : jeudi et vendredi 16h30 > 22h30, samedi 10h > 00h30. Rens: latraversevence.fr, @la_traverse_vence, FB La Traverse Vence
photo : café culturel La Traverse, vue de l’extérieur © DR