06 Oct Poussez-vous les mecs !
À travers Poussez-vous les mecs, Cécile Garcia Fogel et Valérie Dashwood font revivre l’humour ravageur et le regard critique de Claire Bretécher sur les rapports entre les sexes, le féminisme et la société des années 1970. Un spectacle à voir à Anthéa en octobre.
Claire Bretécher était une figure majeure de la bande dessinée du XXe siècle. Une femme qui s’est imposée dans un milieu encore aujourd’hui très masculin, et qui l’était bien davantage à l’époque. Qualifiée de « sociologue de l’année » par Roland Barthes, Bretécher et son inimitable coup de crayon nous entraînent dans ses luttes, selon ses propres conditions. Féministe convaincue, mais pas « instrumentalisée » : c’est cette position complexe, à la fois militante et nuancée, que la metteuse en scène Cécile Garcia Fogel souhaitait pleinement saluer dans Poussez-vous les mecs, spectacle inspirée des BD Les Frustrés et Les Mères.
Sur scène, deux actrices complices, Cécile Garcia Fogel elle-même, accompagnée de Valérie Dashwood, interprètent aussi bien les rôles féminins que masculins – histoire de se prémunir du mansplaining de manière certaine –, à coup de dialogues et de chants, mais aussi d’interviews de la bédéiste qu’elles s’occupent de recréer. Même si sont essentiellement jouées des scènes tirées de planches avec des personnages féminins, les mecs étant volontairement laissés au second plan – comme le souligne Bretécher : ils ont parfois grand besoin de se faire remettre à leur place.
La volonté de Cécile Garcia Fogel est simple : faire découvrir, ou redécouvrir, le regard acerbe de Claire Bretécher sur le militantisme féministe, particulièrement celui de la bourgeoisie intellectuelle post-soixante-huitarde de l’époque, sur les hommes, sur la société parisienne, qu’elle dépeint dans toutes leurs contradictions.
La scénographie, signée Luna Rauck, est inspirée d’un salon bourgeois des années 1970, afin de coller avec l’intimité dans laquelle nous font entrer les personnages de Bretécher ; un clin d’œil à la BD originale par la présence d’un drap blanc recouvrant la majorité de la scène, sur lequel apparaît un élément graphique noir, comme pour rappeler une case de bande dessinée. Un canapé aussi, évoquant celui dans lequel les héroïnes de l’artiste s’affalent pour refaire le monde. Quant au travail sonore de Laurent Herniaux, il offre une immersion complète dans l’époque seventies et permet de rythmer le passage d’une planche à la suivante.
6 > 10 oct, Anthéa, Antibes. Rens: anthea-antibes.fr
photo: Poussez-vous les mecs © Philippe Jamet