Vestiges d’un monde en mouvement

Vestiges d’un monde en mouvement

À l’Espace de l’Art Concret de Mouans-Sartoux, l’exposition Dancing Caryatid de Romain Ravera propose une plongée dans un univers où architecture, paysage et mémoire se confrontent.

Diplômé de la Villa Arson en 2023 et lauréat 2026 du Prix l’Écho des cimes, Romain Ravera présente le fruit de sa résidence dans un dialogue étroit avec les préoccupations qui traversent sa pratique : les formes architecturales inachevées, les traces de la modernité et les imaginaires qu’elles font naître.

Le titre de l’exposition évoque les caryatides, ces figures sculptées condamnées à soutenir les édifices. Chez l’artiste, elles semblent au contraire vouloir s’émanciper de leur fonction et entrer en mouvement. Cette image résume une démarche qui interroge la relation entre construction et effondrement, entre permanence des structures et fragilité des mondes qu’elles incarnent.

Au cœur de l’exposition, La possibilité d’un site transpose à une échelle réduite des fragments d’architectures autoroutières inspirés des Ecomostri, ces constructions inachevées qui jalonnent notamment les paysages italiens depuis les années 1970. Béton, métal, lumière froide et surfaces réfléchissantes composent une architecture à la fois familière et inquiétante, suspendue entre vestige et projection futuriste. La série Maillon d’accouplement prolonge cette réflexion : des images de cimenteries sérigraphiées apparaissent sous une lumière noire, transformant ces sites industriels en architectures presque fantomatiques.

Avec Mon palais mental, nouvelle pièce réalisée en 2026, Ravera poursuit son exploration des liens entre espaces réels et espaces intérieurs. Son travail part de l’idée que les lieux traversés, les images accumulées et les architectures rencontrées participent à la construction de véritables « palais mentaux », propres à chacun.

Cette réflexion dépasse les murs du centre d’art. Dans le cadre du Prix l’Écho des cimes, l’artiste a également conçu un micro-viaduc inachevé pour le massif de l’Audibergue. Insérée dans un environnement rocheux, cette structure inaboutie met en tension le minéral naturel et la construction humaine. Le projet prolonge ainsi l’exposition en inversant son mouvement : après avoir réduit l’architecture pour l’observer dans l’espace d’exposition, l’artiste la replace dans le paysage réel.

À l’Espace de l’Art Concret, lieu dédié depuis 1990 au dialogue entre art abstrait, création contemporaine et transmission, Dancing Caryatid révèle une œuvre attentive aux mutations de nos paysages et aux récits portés par leurs infrastructures. Une réflexion plastique sur les vestiges du présent, mais aussi sur les formes possibles d’un monde encore à construire.

19 sep > 25 oct, Espace de l’Art concret, Mouans-Sartoux. Rens: espacedelartconcret.fr

photo : Romain Ravera, Mon palais mental, 2026, Fonderie d’aluminium, plexiglas, céramique, verre,béton, acier, bois, 100 x 150 x 100 cm © courtesy de l’artiste