07 Oct Saïgon, le trajet des larmes
Le Théâtre national de Nice ouvre sa saison avec une pièce-fresque, apte à « réactiver le muscle de la curiosité du public« , comme le formule sa directrice Muriel Mayette-Holtz, annonçant une année de pièces contemporaines, classiques, de tragédies, de magie et d’une ouverture particulièrement simple et fraîche offerte aux publics. Avec ce premier spectacle qui a tourné dans le monde entier, Saïgon de Caroline Guiela Nguyen, nous entrons dans le monde tel qu’il est et tel qu’il est si peu montré.
C’est un théâtre qui puise dans l’intime pour tisser une fresque nostalgique et joyeuse reliant deux villes et deux époques : le passé colonial des années 50 à Saïgon devenue Hô Chi Minh-Ville 20 ans plus tard et l’exil tel qu’il est vécu dans les années 90. Au cœur de cette pièce, l’absence – qui paradoxalement remplit ces êtres – a son propre rôle, comme un fantôme.
Dans un décor ultra réaliste de restaurant vietnamien tel qu’on se le figure avec les fleurs sur les tables, les guirlandes, la petite scène équipée d’un micro et la dame qui cuisine à portée des yeux, Caroline Guiela Nguyen a souhaité « faire entendre le bruit du monde« . Suivant un long processus de résidences à Hô Chi Minh-Ville avec ses comédiens et s’en retournant en France accompagnée de comédiens professionnels et amateurs rencontrés dans les rues de la ville, elle puise dans l’intime, dans ces histoires racontées par les Vietnamiens et les Việt Kiều (Vietnamiens d’origine ayant quitté le pays).
Accrochées au thème de l’absence, les larmes ont aussi une place forte : à Hô Chi Minh, « tout baigne dans les larmes, comme si les gens avaient besoin d’en passer par là« , raconte la metteure en scène. « Il y a toujours quelqu’un à pleurer et tout l’enjeu de notre spectacle est de retrouver ce trajet des larmes. » Un trajet qui passe obligatoirement par la chanson et le karaoké, où chansons populaires et standards français se chantent les yeux fermés et la joue mouillée.
Parmi les onze comédiens au plateau, un Parisien métis, un soldat traumatisé par la guerre, sa fiancée, et toutes celles et ceux qui racontent, se racontent… et parviennent, puisqu’ils sont ensemble, « à recréer du commun« , entre intimités et histoire collective dite par celles et ceux qui la portent.
8 > 9 oct, La Cuisine – Théâtre national de Nice. Rens : tnn.fr
photo : Saïgon © Jean Louis Fernandez