L’enfant terrible du flamenco

L’enfant terrible du flamenco

Dès son début de saison, le Théâtre de Grasse démontre la qualité de ses choix en consacrant trois soirées à Israel Galván, immense artiste de flamenco qui a osé bouleverser les codes d’un art ancestral.

Israel Galván a parfois provoqué le rejet des puristes. Mais qu’importe, c’est ce qui lui a permis d’ouvrir de nouvelles voies et l’a entraîné sur des scènes où on ne l’attendait pas. En agissant de la sorte, il n’a pas seulement remis en question les codes de cet art vivant apparu au XVIIIe siècle, il a également ébranlé sa propre histoire familiale face à un père considéré comme une figure majeure de l’univers du flamenco à Séville. 

A Grasse, face à lui : Mohamed El Khatib, artiste aux talents multiples, dont l’enfance résonne un peu de façon similaire dans sa contestation de la figure patriarcale. Lorsque l’amitié se forge entre les deux hommes, ils se découvrent de nombreuses similitudes qui leur donnent envie de raconter leur histoire dans un spectacle commun. 

Avec Israel & Mohamed, leurs parcours se croisent dans un bel élan d’humour et de sincérité. Ils osent mettre en scène leur cheminement singulier en plongeant dans l’intimité de leur histoire personnelle. L’un voulait être footballeur mais on lui a imposé la danse ; l’autre voulait être artiste mais on lui a imposé le ballon rond. Ils se sont affranchis et ont assumé leurs choix, non sans déchirures et cicatrices qui se sont transformées en une force pour aller au bout de leurs rêves.

Dans cette pièce, ils revendiquent pleinement leur liberté d’être à travers ce qu’ils ont appelé une danse documentaire dans laquelle ils confrontent souvenirs et anecdotes, tandis que parfois apparaît sur un écran vidéo le visage de leur père, toujours réprobateur. À leur façon pourtant, Israel & Mohamed leur délivre une belle déclaration d’amour. 

Deux œuvres, une même liberté

Dans la foulée, le Théâtre de Grasse programme également La Edad de Oro, pièce iconique d’Israel Galván. Conçue en 2005, alors que l’artiste avait déjà multiplié les créations et les collaborations, elle est récompensée par le Prix national de la danse en Espagne, décerné à Israel Galván à l’unanimité, consacrant ainsi sa recherche d’une nouvelle écriture du flamenco. 

Sa formation technique irréprochable lui permet d’explorer une inventivité inédite, d’imaginer de nouveaux gestes qui brisent un univers assez dogmatique pour faire jaillir une approche parfois résolument rebelle. Il brouille les frontières entre le masculin et le féminin, s’inspire de toutes les formes de mouvement, qu’elles viennent du quotidien ou de danses plus académiques. Dans son ardeur, il élève au rang de sacré un art considéré le plus souvent comme populaire et festif. 

Deux décennies plus tard, La Edad de Oro fait toujours autant vibrer tant la virtuosité du danseur transcende l’espace. Il est accompagné par l’une des grandes voix du cante andalou, María Marín, et d’un maître de la guitare, Rafael Rodríguez.

Israel & Mohamed, 8 > 9 oct • La Edad de Oro, 10 oct. Théâtre de Grasse. Rens: theatredegrasse.com

photo : Israel & Mohamed © Laurent Philippe