Justice pour tous ?

Justice pour tous ?

Créé et ovationné au Festival d’Avignon 2024, Léviathan, le nouveau spectacle de Lorraine de Sagazan, écrit par Guillaume Poix, s’invite au Carré Sainte-Maxime le 9 octobre.

Après avoir mis en scène Le Silence pour la Comédie-Française, Lorraine de Sagazan nous entraîne dans une plongée au cœur du système judiciaire. Pour Léviathan, elle a construit son spectacle autour de quatre scènes de comparutions immédiates, un contexte judiciaire simplifié et expéditif où des délits parfois mineurs sont sévèrement punis et concernent en majorité des personnes en situation de grande précarité.

La pièce doit son nom à la figure biblique du Léviathan, ce monstre marin évoquant le chaos. Ici, on se questionne sur l’application du droit et interroge nos pulsions de jugement et de répression en se de-mandant : qui est le monstre ?

Comme pour ses précédentes créations, Lorraine de Sagazan se base sur un long travail documentaire et de nombreux entretiens avec avocats, magistrats, victimes et détenus afin de comprendre le principe de comparution immédiate, son application et ce qu’il dit de notre système. Car si cette procédure était au départ utilisée de façon exceptionnelle, elle s’est démocratisée au gré des politiques électorales ultra-sécuritaires et dans une logique managériale de l’urgence qui s’applique désormais même à la justice. Une chaîne de jugements d’une vingtaine de minutes environ, qui donne ainsi à un électorat persuadé d’une augmentation de l’insécurité l’impression que la justice fait son travail et refuse tout laxisme.

Pour mettre en scène ce sujet lourd et complexe, Lorraine de Sagazan imagine une véritable expérience plastique et sensible en créant un contre-espace avec un décor en forme de chapiteau rose pâle où des personnages aux visages masqués brouillent nos repères. Ajoutez à cela des chants dodécaphoniques, une mise en scène qui nous fait perdre la notion du réel, et la présence d’un cheval sur scène (symbole de justice au Moyen Âge et de médiation dans le milieu carcéral) qui introduit une figure échappant au jugement et à la logique de contrôle, et le tribunal prend des allures de cirque, alors qu’il aborde des sujets si concrets. 

Léviathan marque tant sur la forme que sur le fond et nous invite ainsi à nous questionner sur notre rapport à la justice.

9 oct, Le Carré Sainte-Maxime. Rens: carre-sainte-maxime.fr

photo : Léviathan © Simon Gosselin