07 Oct Ça jamme à Juan
Encore une fois, Jammin’Juan, attendu les 29 et 30 octobre au Palais des Congrès d’Antibes, fait honneur à son nom : on y « jamme », on se rencontre, on se découvre, on improvise, entre musiciens, mais devant tout le monde.
Ce rendez-vous annuel de jeunes improvisateurs sur la pente montante du succès permet de découvrir toute une génération d’artistes, encore peu connus du public mais dont les noms circulent déjà activement dans les coulisses de la musique improvisée. Et ce croisement malicieux entre les professionnels et les amateurs est une occasion unique pour tester les nouvelles tendances et les inventions inattendues : un marché professionnel dans tous les sens du terme – mais dont les concerts sont ouverts au grand public. On peut acheter et négocier comme on peut flâner en respirant d’appétissantes senteurs, en sachant qu’à la fin de l’envoi, on touche : le Grand Prix de l’UNAC (Union Nationale des Auteurs et Compositeurs) sera remis en conclusion des hostilités.
Attention, tous les participants ne sont pas nés de la dernière pluie. Parmi eux, certains ont déjà du poil au menton. Chris Jennings (contrebasse) et Pierre Perchaud (guitare) forment par exemple un duo acoustique d’un charme merveilleux, mélodique et rebondissant, en réunissant deux personnalités qu’on connaît depuis pas mal d’années.
Mais la plupart sont d’une autre génération et déroulent une banderole diaprée où l’on retrouve des couleurs qui font le tour du monde. Awa Ly, Française du Sénégal, représente « l’Afropéenne » de demain. Le Rajasthan Express, destiné au jeune public (dès 5 ans), nous convie à un voyage rêvé qui traverse le sous-continent indien. Nils Kassap balance entre le klezmer et le balkanique, en se rappelant qu’il est né en France et qu’il a entendu des clarinettes nombreuses avant de faire écouter la sienne : David Krakauer peut-être, mais aussi Louis Sclavis ou ce Sylvain qui porte le même nom que lui ! Knobil, contrebassiste et chanteuse (c’est le domino qui marche admirablement en ce moment…) est déjà l’une des musiciennes les plus influentes d’aujourd’hui.
Et bien sûr, on a des ambiances rythmiques anciennes qui se rajeunissent avec jubilation dans cet automne aux allures de printemps : Matti Klein avec sa sauce funky, ses accents soul qui montent tout droit de son clavier Wurlitzer ou de son piano Rhodes. Setenta qui lorgne vers l’afro-cubain du 21e siècle en faisant danser la jeunesse. Ou Buck, ancré dans le rock avec un étonnant orchestre de souffleurs orientés vers le grave : deux saxophones, un trombone et un tuba. On se rend compte d’ailleurs de l’importance de formations instrumentales originales qui construisent leur son sur ce travail de symétrie et d’ombres doubles : CrozPhonics avec ses deux violoncelles et son accordéon en est un exemple probant.
Avec tout ça, on n’a même pas parlé de Bram de Looze ! Seul au piano, il propose l’une des innovations les plus réjouissantes de cette nouvelle scène. On voit bien qu’il y en a pour toutes les oreilles… et les yeux auront leur prix de consolation, avec notamment les bronzes équilibristes de Firmin Sanou.
Il reviendra à INK de boucler ce 9e Jammin’Juan en plongeant le public dans un grand bain de jazz contemporain et de traditions africaines, avec African Roots, un projet porté par le batteur Victor Gachet, enrichi par la présence de musiciens burkinabè.
29 > 30 oct, Palais des Congrès, Antibes Juan-les-Pins. Rens: jammin.jazzajuan.com
photo : Jammin’ Juan 2025, Baptiste Bailly Trio © V. Delplace – OTC Antibes Juan-Les-Pins