07 Oct Olivier Bal : « Le polar, ça permet tout »
Olivier Bal est l’invité d’honneur du 8e Salon du Polar de Saint-Laurent-du-Var. Cet ancien journaliste est déjà l’auteur de 10 romans et fait désormais partie de la mythique Ligue de l’imaginaire. Entretien avec ce maître du suspense, qui fait de chacun de ses livres un nouveau défi.
Vous êtes un ancien journaliste de la presse généraliste et culturelle. Quelle serait la première question que vous poseriez à un auteur de polar ?
Tiens, on ne m’avait jamais posé cette question. Celle qui revient tout le temps, c’est plutôt : « Mais qu’est-ce que vous avez dans la tête pour écrire cela ? » Même entre auteurs, nous ne nous posons pas la question. On se parle « cuisine », on partage nos doutes, nos projets, mais on ne revient jamais sur la question d’origine. La première question que je poserais, je crois, c’est : Pourquoi avoir choisi l’univers du polar plutôt qu’un autre genre littéraire ?
Et donc vous, pourquoi avoir choisi le polar ?
Logique ! Je n’ai pas commencé par le polar mais par les thrillers fantastiques. Je suis un enfant du cinéma, un amateur de la littérature de genre et je voulais rendre hommage aux auteurs qui m’ont construit. D’ailleurs, il existe une multitude de genres de polars. On pourrait tous écrire à partir du même scénario et cela donnerait autant de romans différents ! J’apprécie également de pouvoir me réinventer à chaque livre, passer d’un huis clos à un roman plus social par exemple. J’aime glisser d’un genre à l’autre, tout en gardant l’ADN du polar, creuser les personnages, s’interroger sur la nature humaine… Le polar, ça permet tout.
Vous aviez déjà assisté à ce festival laurentin en tant qu’auteur.
Oui, une fois, et j’en ai gardé un très bon souvenir. La démarche de l’équipe d’organisation (ndlr: l’agence MPO et la Ville de Saint-Laurent), leur accueil, ainsi que celui des bénévoles, m’avaient déjà particulièrement touché. Ce salon a gardé son identité, il est à taille humaine, avec, chaque année, le même nombre d’auteurs. Ainsi, les moments d’échanges avec les lecteurs sont vraiment privilégiés. Pour nous, auteurs, il y a un petit côté clanique, avec ce plaisir à se retrouver, le plaisir d’avoir une équipe aux petits soins pour nous. Sans oublier le lieu, idéal, proche de la mer. C’est un rendez-vous vraiment sympathique, dans ce milieu de camarades. Tous les retours sont positifs ! Bref, un salon où l’on se sent bien.
Vous avez écrit : « Nous ressentons ce besoin de plonger au cœur de nos ténèbres pour aller chercher un peu de lumière« . C’est votre définition du polar ?
C’est ça. C’est ma démarche d’écriture, me questionner et grandir à chaque livre, transmettre mes interrogations à mes lectrices et à mes lecteurs. Il n’existe pas de réponse toute faite. Par exemple, quand j’aborde une thématique comme la société de la peur, de la haine, de la rage, du mal à dialoguer sans violence, c’est l’occasion de creuser beaucoup de domaines. En tant qu’ancien journaliste, je me documente abondamment, j’aime apprendre à chaque livre, comme pour celui sur la Corse, Roches de sang. Je me suis renseigné sur les traditions, le grand banditisme, je me suis rendu sur place, j’ai rencontré des locaux, des policiers… C’est toujours l’occasion de défricher des choses et de nous interroger.
Vous êtes l’auteur de 10 romans. Et votre rythme est passé à un roman par an, pour les 6 derniers. Comment avez-vous basculé de l’écriture journalistique à l’écriture romanesque ?
Depuis tout môme, j’avais envie de raconter des histoires. Le livre me semblait un Everest insurmontable : tenir en haleine sur 400 pages, créer des personnages forts… J’étais fasciné mais terrifié par la perspective de me lancer. J’ai écrit des scénarios, du théâtre, j’ai suivi cette carrière de journaliste. A posteriori, je me suis rendu compte que j’étais déjà beaucoup dans le narratif. Même dans la presse des jeux vidéo, j’aimais plonger mes lecteurs dans l’univers. Devant le succès de mon premier roman, j’ai démarché des éditeurs. Puis est venue la question de quitter ou pas mon poste de rédacteur en chef et de me consacrer uniquement à la littérature. Comme je préfère avoir des remords plutôt que des regrets, et que je craignais de me réveiller trop tard, j’ai sauté le pas. Je veux laisser cette vision de la vie en héritage à mes enfants : il n’y a pas d’échecs, que des tentatives. Il faut cocher la case du rêve et tout mettre en œuvre pour y arriver. Depuis 8 ans, écrivain, c’est mon métier. Et je me fixe cet objectif de continuer d’écrire un roman par an.
Votre premier livre, Mille morts, a été un succès de l’autoédition. Était-ce un choix ?
Quand je me suis lancé il y a plus de 10 ans, le fantastique était très compliqué à vendre en France. J’ai eu de bons retours des éditeurs mais ils trouvaient mon roman inclassable. Comme ça traînait trop, sur les conseils de ma femme, j’ai opté pour l’autoédition. Je voulais savoir s’il y avait quelqu’un à l’autre bout du « fil », si des gens allaient être sensibles à mon univers. Grâce à l’autoédition, j’ai touché à tous les métiers de l’édition et de la communication, c’est très formateur ! Avec les éditeurs, par la suite, j’ai compris plus aisément leur métier et leurs contraintes. J’ai saisi également combien il était important d’être accompagné et conseillé. L’autoédition est une belle école pour débuter, mais reste très chronophage, et donc empêche de se concentrer sur l’écriture.
Votre dernier roman, Le Piège, parle d’une vengeance particulièrement acharnée, avec les États-Unis en toile de fond. Vous en raconterez les points forts lors d’un café polar, le samedi 10 octobre.
Toutes les formules « café » permettent de casser la barrière, de briser la glace. Je ne veux pas parler que de moi, j’aime échanger avec les lecteurs, créer un moment de proximité et de complicité avec eux. Il y a moins de frilosité, de timidité, le rapport est plus immédiat que lors d’une table ronde. D’ailleurs, je suis toujours agréablement surpris par les questions du public, toujours très intéressantes, et même subtiles.
Vous avez reçu de nombreux prix. Devenir membre de La Ligue de l’imaginaire (1), est-ce une autre forme de consécration ?
Oui, complètement ! C’est un épisode assez marquant dans ma vie. J’ai été invité à un simple déjeuner par Bernard Werber, puis l’on m’a proposé de devenir membre. J’étais sonné sur le coup, j’ai eu du mal à verbaliser ce que j’avais ressenti. Le président est le très engagé Olivier Norek. La Ligue organise notamment de belles soirées avec le public, comme l’une des dernières sur La Barge d’Issy-les-Moulineaux. Rejoindre La Ligue m’a donné l’occasion de dire à ces grands auteurs pourquoi ils m’ont marqué et de défendre à mon tour les littératures de l’imaginaire. C’est la plus belle gratification de ma carrière. Au-delà de l’amitié que nous entretenons, nous sommes des passionnés, et essayons d’agir, comme en proposant ces recueils de nouvelles par exemple, dont les fonds sont reversés aux associations. Le 3e recueil sort cet automne. Nous essayons de montrer que la littérature de l’imaginaire a le droit d’exister, de la mettre en lumière. Nous luttons également pour défendre les droits des auteurs, des librairies et le livre en général. Depuis 2013, il existe également un prix de La Ligue de l’imaginaire, décerné chaque année.
On parle souvent de votre univers cinématographique. Vous avez d’ailleurs suivi un cursus cinéma et audiovisuel. Un projet d’adaptation en cours ?
C’est un rêve ! Moi qui suis un fou de cinéma, j’adorerais me confronter à la vision d’une équipe sur mon œuvre, être trahi ou pas, voir des acteurs incarner mes personnages, être associé au moins en tant que consultant. Cela complèterait mes connaissances. Il y a eu un projet d’adaptation de La Meute, mais non concrétisé pour l’instant. J’ose espérer que ça va arriver. Et pouvoir faire un caméo, pourquoi pas, comme Olivier Norek dans la série Surface, ou Franck Thilliez dans Il était deux fois !
Avez-vous une idée du thème et du lieu de votre prochain livre ?
Un lieu, la Colombie. J’y ai d’ailleurs passé un mois. Je suis très avancé dans ce roman, qui me tient particulièrement à cœur. Cela fait déjà une dizaine d’années que j’y pense. Chaque roman, j’aime le mâtiner d’autre chose. Cet ouvrage-là est le livre que j’avais besoin d’écrire. C’est un récit d’aventure avec une enquête et du mystère, bien sûr, une épopée qui se déroule à la fin du XIXe siècle, à l’époque des grandes explorations. C’est aussi le roman du mensonge et de la manipulation. Je voulais créer une histoire qui ait du panache, du souffle, faire vivre des personnages plus grands que la vie. J’ai déjà un titre en tête : Les chasseurs de vent. C’est une prise de risque, un saut dans le vide mais je ne veux pas rester dans ma zone de confort, et me réinventer. Je dois le faire maintenant, et mettre, dans ce monde d’anxiété et de noirceur, de l’épique et de la flamboyance. Écrire, c’est relever un défi colossal. J’emprunte l’image de la création littéraire à Henri Loevenbruck. Il a dit que chaque livre était comme un haut sommet à gravir. On s’épuise à grimper, pendant des jours, et puis on plante enfin son drapeau et là, les nuages se dissipent et déjà on aperçoit une autre montagne à franchir, un autre challenge à surmonter !
Le polar investit Saint-Laurent-du-Var
Pour sa 8e édition, le Festival du Polar retrouve la salle Deboulle les 10 et 11 octobre. Autour d’Olivier Bal, invité d’honneur, une trentaine d’auteurs, des rencontres, des jeux d’enquête et des expériences immersives déclinent le roman noir.

En prélude au festival, Saint-Laurent-du-Var ouvre comme chaque année une parenthèse théâtrale. Cette année, Michel Boujenah lira des extraits de San-Antonio, la célèbre série policière de Frédéric Dard, le 9 octobre en soirée à l’auditorium Clidat. Une manière de faire entendre une célèbre voix du polar français, celle d’un auteur qui, sous le pseudonyme de San-Antonio, a créé en 1949 un commissaire aussi séducteur que bagarreur, racontant lui-même ses enquêtes dans une langue faite d’argot, de calembours, de néologismes et de détournements. Autour de lui gravitent notamment l’inspecteur Bérurier, son acolyte aussi colossal que truculent, et le fidèle Pinaud. La série, qui mêle enquêtes, espionnage, aventures et humour volontiers absurde, s’est construite en marge des codes classiques du roman policier, jusqu’à devenir un monument populaire de la littérature française. Boujenah incarnera et prolongera sur scène la fantaisie et le goût de la joute verbale propres à l’univers de San-Antonio.
Enquêter, jouer, observer
Le salon se tiendra quant à lui les 10 et 11 octobre à la Salle Deboulle. Le public pourra bien entendu se faire dédicacer ses bouquins par une trentaine d’auteurs dans la grande librairie Polar, et sera invité à passer de « l’autre côté » avec l’exposition-enquête Qui a dérobé l’Omorto ?, qui propose de mener l’investigation dans le Rio de Janeiro des années 1920. Une scène de crime permettra de découvrir, avec des professionnels de la police technique et scientifique, quelques méthodes utilisées pour relever des empreintes, rechercher de l’ADN ou analyser des substances. Les amateurs d’énigmes pourront aussi participer à un blind test consacré aux musiques de films policiers, à un quiz sur l’univers du polar, ou à l’escape game Les Vilains Bonshommes, qui transporte les joueurs dans le Paris artistique de la fin du XIXe siècle. Un espace détente proposera par ailleurs une sélection de livres accessibles à toute la famille.
Des auteurs et des affaires
Deux espaces accueilleront les échanges littéraires. Le Café Polar réunira quelques-uns des auteurs invités comme Alain Bauer, Éric Giacometti, Sonja Delzongle, Alexis Laipsker et Gérard Saryan. La Salle d’audience proposera des rencontres avec Nicolas Beuglet, Simon François, Valérie Benaïm, Catherine Dufour ou Clarence Pitz. Les discussions aborderont aussi bien les affaires occultes que les tueurs en série, les mécanismes de l’écriture ou les ressorts de la fiction policière. Notez que l’inauguration du salon sera suivie de la remise du 4e Prix des lecteurs du Festival du Polar. Trois romans en lice : Deuil de sel de Cécile Baudin, Le procès du rhinocéros blanc d’Olivier Barde-Cabuçon et Nina de Naëlle Charles.
9 > 11 oct, Auditorium Clidat & Salle Louis Deboulle, Saint-Laurent-du-Var. Rens: saintlaurentduvar.fr
(1) Collectif d’écrivains francophones créée en 2008 par les écrivains Maxime Chattam, Olivier Descosse, Henri Loevenbruck, Laurent Scalese et Franck Thilliez
photo Une : Olivier Bal © Bruno Lévy