04 Nov Vitalité de la jeunesse, poubelles et manipulations
Des barricades de 1789 aux poubelles incendiées de 2026, le désordre dans la rue a toujours eu une portée politique. À l’approche des échéances électorales, les images de violence, leur médiatisation et les réactions des pouvoirs publics posent une question : où s’arrête le maintien de l’ordre et où commence la restriction des libertés ?
Juillet 1789, dans le quartier du faubourg Saint-Antoine : des manufacturiers, membres des États généraux (l’Assemblée de l’époque), veulent baisser le salaire des ouvriers. C’est la révolte et le début de la fin (manifestations, occupations des ateliers, pillages…). L’armée veut rétablir l’ordre ; il y a de nombreux morts. Puis, c’est la prise de la Bastille, qui annonce la République et l’avènement d’une police plus respectueuse du principe égalitaire. S’opposent immédiatement le parti de l’ordre (avec notamment La Fayette) et celui du changement (avec Robespierre).
Aujourd’hui, c’est très souvent à la veille d’élections incertaines (notamment les présidentielles, sinistre institution établissant le pouvoir personnel en rupture avec toute démocratie) que se produisent des incidents plus ou moins graves, mais toujours spectaculaires, qui sèment la confusion dans l’esprit des citoyens. Ce phénomène étrange, qui a une forte part d’ombre, n’est pas propre à la France : les autorités « sortantes » veulent être réélues, en toute liberté, bien sûr…
Les manifestations du 17 octobre 2026, réunissant la jeunesse et certains secteurs professionnels, ont été massives. Le gouvernement avait prévu 50 000 manifestants à Paris et 200 000 pour toute la France : lourde erreur ou volonté de minimiser à l’avance l’opposition « rafraîchissante » d’une jeunesse en apprentissage de la citoyenneté républicaine et déjà armée d’un esprit critique indispensable à tout progrès. Les rues des villes, animées de drapeaux, de musique et de pancartes, accueillaient ceux qui refusent la soumission. À Nice, comme dans toute la France, quelques brutes primitives ont tenté de casser le cortège pacifique. Dans Nice-Matin en ligne du 17 octobre, la légende d’une vidéo observait que « des groupes d’ultradroite provoquaient des manifestants à Nice, comme ici avenue J. Médecin« . Cette intervention relevant d’une galaxie fascisante bien connue dans la région ne peut être une exception : avec les pillards très ordinaires, ils sont un peu partout en France les champions du chaos afin de discréditer les protestataires lorsque tout se passe « trop » bien !
Les grands médias ne sont pas en reste : les chaînes TV, en particulier, ont mobilisé leurs caméras pour filmer tous les feux de poubelles des services de voirie : la « chienlit » modèle 2026 n’est pas assez « patriote », tout comme celle de Mai 68 ou celles contre la guerre d’Algérie et contre l’OAS… Rien de plus persuasif qu’un bon feu de poubelles au milieu de la rue.
Malheureusement, les services chargés de protéger la « Civilisation » contre les « barbares », et plus encore « les lieux de pouvoir » (formule très curieuse dans une démocratie !), sont aussi mal équipés que tous les autres services publics depuis que l’État offre chaque année au secteur privé environ 200 mil-liards d’euros !
La poubelle en feu est très pédagogique : ce spectacle qu’elle offre se veut « radical », il s’agit de faire peur et d’envisager le retour d’une loi « anticasseurs », de limiter le droit de manifester et le droit de grève pour sauvegarder « La Liberté » (au singulier et avec une majuscule, ce qui est vide de sens). Les flammes diaboliques sont plus convaincantes que l’appel du 19 octobre de la Conférence des évêques de France demandant le respect des manifestants.
Ce récipient en plastique qui flambe si bien est sacralisé : quel chemin parcouru depuis que Monsieur le Préfet de la Seine, dénommé Eugène Poubelle, a donné son nom à cet indispensable réceptacle de la salubrité urbaine ! On n’imaginait pas, il y a plus d’un siècle, qu’il puisse devenir un instrument poli-tique.
La poubelle, incendiée par quelques imbéciles qui font du cinéma, devrait plutôt servir à recueillir les déchets de notre société, y compris les corrompus et affairistes partout où ils sévissent. Elle permettrait d’aider à changer la vie, ce qui est un besoin urgent.
Dans un même élan, il faudrait empêcher que la nature (surtout les océans) ne devienne la poubelle de la planète, que les réseaux sociaux, véritables encyclopédies de la stupidité et de l’inculture, inspirés par les trumpistes, ne dictent à Zemmour ou à Némésis ce qu’il faut dire. Il faudrait surtout que les champs de blé et de coquelicots ne se transforment pas en champs de bataille…
Vivement que les policiers redeviennent les « gardiens de la paix » et que plus personne ne songe, par une « Culture » de masse, à nous infantiliser… Sommes-nous condamnés, durant les six mois à venir, à voir surgir dans l’actualité des événements « troublants », avec ou sans des poubelles mises en scène ? Comme disait Elsa Triolet, « il n’est pas facile de vivre dans une poubelle, même en musique« .
photo : Manifestation du 17 octobre 2026, Paris © Alain Bachellier – Les Chemins Numériques