L’impossible pardon

L’impossible pardon

Texte de Leïla Slimani, adapté du roman éponyme de Léon Tolstoï, paru en 1899, dont les questionnements sur la complexité des rapports humains résonnent encore aujourd’hui, Résurrection [Un cas de conscience] est à l’affiche du Théâtre national de Nice, du 12 au 14 novembre.

Création du Théâtre de Lorient, en collaboration avec la Comédie-Française, cette pièce est une commande passée par Simon Delétang à Leïla Slimani, qui signe ici sa première pièce de théâtre et découvre le plaisir du travail collaboratif au plateau.

Écrivaine et journaliste franco-marocaine, Leïla Slimani a reçu le prix Goncourt en 2016 pour son deuxième roman, Chanson douce. Comme avec ses livres, l’écriture de Leïla Slimani, vive et précise, conserve ici une belle ampleur littéraire. Les échanges fusent, les mots frappent juste et la langue, toujours au service du jeu, trouve sur scène toute sa force et sa musicalité. Quant au comédien et dramaturge Simon Delétang, à l’origine du projet, il a choisi ici de multiplier les lieux de jeu dans un espace restreint, grâce au dispositif scénique de la tournette, un plateau circulaire motorisé.

Dans Résurrection, il est question d’un écrivain célèbre, désigné comme juré lors d’un procès. Il reconnaît en l’accusée une femme qu’il a fréquentée jadis chez ses tantes, qui l’avaient recueillie. Il découvre qu’elles l’avaient ensuite jetée à la rue parce qu’elle était enceinte. Comprenant les conséquences de la nuit au cours de laquelle il a abusé d’elle, il est prêt à tout pour réparer sa faute. « Le procès agit comme une révélation et, honteux de ses privilèges et des excès de sa classe, il veut faire le bien avec les fruits du mal« , souligne Leïla Slimani. À chaque visite de l’homme en prison, l’inculpée dédaigne son aide et exclut le pardon qu’il espère obtenir : « Bien que victime de son sexe et de sa condition, elle lui refuse cette absolution comme un ultime geste de liberté et de dignité. »

Autant de questions au cœur de cette œuvre : l’impossibilité de l’absolution, la sincérité du repentir ou le désir de soulager sa conscience, mais aussi la complexité des rapports humains entre les classes sociales et entre les sexes.

12 > 14 nov, La Cuisine – Théâtre national de Nice. Rens: tnn.fr

photo : Résurrection © DR