Anonyme était une femme

Anonyme était une femme

Les mélomanes éclairés connaissent certainement Lili Boulanger, Rebecca Clarke, Augusta Holmès, ou encore nos contemporaines Tatiana Probst, Isabelle Aboulker, Lise Borel. Mais qu’en est-il du grand public ? Voilà donc l’objet du spectacle Anonyme était une femme, programmé à Bandol le 6 novembre : remettre en lumière des compositrices effacées, oubliées.

À la fois conférence érudite et chantée, pastiche à l’humour transgressif, récital lyrique et engagé, cette création de Violaine Fournier et Morgane Billet s’est donné pour mission de dénoncer les injustices et de libérer les individualités. Le grand public ne connaît peut-être pas Fanny Mendelssohn, sœur de Félix, et ne sait pas non plus que le travail de Clara Schumann fut longtemps éclipsé par celui de son mari Robert… Encore aujourd’hui, moins de 6 % des œuvres jouées en France sont celles de compositrices (pour un temps de programmation de 4%), qui ont pourtant fortement contribué à la création musicale au cours de l’histoire. On ne peut donc que saluer ce type d’initiative, à l’image du travail effectué depuis plusieurs années par Claire Bodin, fondatrice du festival varois Présences Compositrices et de la base de données Demandez à Clara, qui donne accès à des fiches de compositrices et à leurs œuvres (plus de 16 000 !).

Dans ce spectacle participatif, les trois chanteuses Morgane Billet, Flore Fruchart et Agathe Trébucq, ainsi que la pianiste Éléonore Sandron, du Quatuor Ariane, interpellent et questionnent le public avec humour. Ce qui ne les empêche nullement de recueillir des réponses lucides sur les injustices subies par les musiciennes au cours de l’histoire. Humour toujours lorsqu’elles interprètent un arrangement pour quatre flûtes à bec joué avec… le nez ! Un clin d’œil décalé aux interdits absurdes que les femmes se voyaient opposer, selon les époques et au nom de la bienséance, lorsqu’elles voulaient pratiquer certains instruments.

Puis, au fil du spectacle, les tableaux s’enchaînent et les parures vestimentaires du quatuor évoluent, symbolisant une forme d’émancipation, de libération du corps et de la voix. De quoi illustrer la reconquête d’un espace créatif longtemps refusé d’accès aux femmes.

6 nov, Théâtre Jules Verne, Bandol. Rens: bandol.fr

photo : Quatuor Ariane – Anonyme était une femme © Jean-Pierre Blondin