Une partie de Monopoly aux dés pipés

Une partie de Monopoly aux dés pipés

Lorsqu’on joue au Monopoly©, on s’attend toujours à ce que le plus riche gagne en mettant à la rue les autres joueurs. Pourtant, ce grand classique n’avait, à l’origine, rien d’un hymne au capitalisme…

Au début du XXe siècle, une militante nommée Elizabeth Magie l’avait inventé pour dénoncer l’accaparement des terres. Par une cruelle ironie du sort, son idée subversive fut reprise et transformée en machine à broyer les concurrents. Le Monopoly des inégalités remet aujourd’hui les pendules à l’heure.

Signée par l’Observatoire des inégalités, un organisme indépendant fondé en 2003 pour analyser les écarts sociaux en France, cette adaptation pédagogique dresse un état des lieux par la pratique. Récemment remise à jour dans une nouvelle édition, le kit est conçu pour être superposé au matériel du jeu classique, une Boîte à outils qui revisite le plateau familier avec de nouvelles règles.

Dès la pioche des fiches personnages, chacun comprend vite que la partie est pliée d’avance. Tandis que le cadre parisien de 45 ans démarre avec trois billets de 500 euros et deux propriétés en poche, l’étudiante boursière affiche un portefeuille vide et se retrouve avec un loyer doublé dès la deuxième case. Un autre participant, qui incarne une personne en situation de handicap, saute un tour sur deux faute d’infrastructures adaptées.

L’objectif théorique reste d’accumuler du patrimoine, mais la mécanique verrouille les trajectoires. Les cartes Chance se transforment en discriminations à l’embauche ou en refus de location. On ne choisit pas son destin au tirage, on subit les plafonds de verre et les privilèges hérités. L’expérience provoque un malaise immédiat. Voir un concurrent amasser les titres fonciers sans le moindre effort pendant qu’un autre accumule les pénalités déclenche des rires jaunes et une prise de conscience.

Pensé pour les établissements scolaires et les structures éducatives, ce jeu montre que les chances de succès ne doivent rien au hasard et dépendent largement des inégalités de départ. La partie se termine autour d’un échange constructif sur les leviers à activer. Une manière percutante de rappeler que, sur le terrain de la vie, les règles du jeu mériteraient d’être entièrement réécrites.

Rens: inegalites.fr/Monopoly-des-inegalites-nouvelle-edition

photo : « La Boîte à outils » du Monopoly des Inégalités © DR