04 Nov Deux façons d’habiter le jazz
Cannes poursuit son exploration du jazz, et de ses affluents, en novembre avec deux artistes singulièrement différents : Sarah McCoy et Jultrane.
Une fois n’est pas coutume, ce n’est pas dans l’antre des Jeudis du Jazz, le Théâtre Philippe Bouvard (ex-Alexandre III), mais à La Licorne que l’on pourra entendre Sarah McCoy, le 10 novembre. Chanteuse américaine à la voix puissante, enracinée dans la tradition soul, elle se présente en trio, avec basse, batterie et quelques sons synthétiques, mais s’accompagne elle-même au piano. Il en résulte un balancement particulier, entre les inflexions de sa voix et celles du clavier. Ses chansons, qu’elle écrit elle-même, reflètent ses humeurs et une vie qui l’a menée un peu partout aux États-Unis, puis à La Nouvelle-Orléans, dont la culture musicale l’imprègne. Depuis quelques années, elle séjourne régulièrement en France, où Chilly Gonzales l’a remarquée et accompagnée dans la production de son album Blood Siren. Elle nous rappelle ainsi les aspérités comme les séductions de son pays d’origine.
Quant à Jultrane, programmé le 19 novembre au Théâtre Philippe Bouvard – ainsi que le 11 décembre à Saint-Raphaël, pour une soirée spéciale organisée par La Casa Jazz –, on l’entendra avec plaisir dans sa région d’enfance, d’autant qu’il profite de ce centenaire logiquement célébré un peu partout : celui de la naissance de John Coltrane né en 1926. Mort à seulement 40 ans, le saxophoniste américain laisse un héritage immense qui a depuis coloré l’ensemble du jazz et qu’on n’a pas fini d’explorer. Hommages, souvenirs et tributs légitimes vont donc irriguer cette année, parallèlement aux célébrations consacrées à Miles Davis, autre centenaire et compagnon de route du premier.
Pour autant, Jultrane n’a rien d’un opportuniste et n’a pas attendu cette date symbolique pour faire entendre ce qu’il doit à son héros : depuis des années, il explore et revisite l’héritage de son illustre prédécesseur, avec intelligence et sensibilité. Avec les mêmes instruments, les saxophones ténor et soprano, Julien Ndiaye – alias Jultrane – fait rimer son pseudonyme avec Soultrane, cette magnifique balade qui annonce l’époque la plus radicale et révolutionnaire de Coltrane. Un hard-bop lyrique et frissonnant, qui nourrit encore la liberté du jazz d’aujourd’hui.
Sarah McCoy, 10 nov, Théâtre de la Licorne, Cannes • Jultrane, 19 nov, Théâtre Philippe Bouvard (ex-Alexandre III), Cannes / 11 déc, Espace Félix Martin, Saint-Raphaël. Rens: cannes.com – la-casa-jazz.com
photo : Sarah-McCoy © Anoush Abrar